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Papicha, ode à la liberté

Shirine BOUTELLA, dans le rôle de Wassila.

 

Après avoir fait sensation au Festival de Cannes, Papicha est choisi pour représenter l’Algérie aux Oscars 2020. Inspiré de faits réels, le film retrace l’histoire de jeunes filles durant la décennie Noire des années 90. Rencontre avec Shirine Boutella, dans le rôle de Wassila.

 

Échos d’orient : Le public te connaît en Algérie à travers la série à succès , El Kawa. Comment s’est déroulé le casting pour le film Papicha ?

Shirine : J’ai eu beaucoup de chance. La réalisatrice avait fait passer plusieurs casting à Paris et en Algérie, elle n’arrivait pas à trouver de profils pour jouer le rôle de Wassila. Il s’avère qu’elle à cherché a me contacter via Instagram et je n’ai pas vu son message et la directrice de casting qui cherchais également a me contacter connaissait ma mère du coup je passe finalement le casting à Alger et le feeling est très vite passé avec la réalisatrice.

Quelles sont les raisons qui t’ont poussée à jouer dans ce film ?

Quand nous avons échangé avec la réalisatrice sur le film, il y avait une sincérité en elle, une force dans son discours qui m’ont marquée et de plus, le fait de raconter une histoire qui nous a marqués à tous de près ou de loin était essentiel. C’est une belle l’histoire d’amitié, de femmes fortes, courageuses, indépendantes, ce que j’ai adoré dans ce film.

Le film a bouleversé le festival de Cannes, t’attendais-tu à un tel engouement ?

Non pas du tout ! On ne se rendait pas compte de l’ampleur que ça allait prendre. On a découvert le film pour la première fois en projection à Cannes et quand on a vu la réaction des gens avec une standing ovation à la fin, c’était exceptionnel. On a tourné ce film en cinq semaines, il n’y avait pas beaucoup de budget et c’était assez intense. La réalisatrice a rencontré beaucoup de difficultés à ce niveau mais on était ensemble à faire un film sincère et vrai et c’est ce qui comptait, car c’est aussi le vécu de la réalisatrice qu’elle raconte à travers nous toutes et c’était important de la rendre fière.

Tu joues le rôle de Wassila, qu’est-ce qui t’a attirée dans ce personnage ?

Quand j’ai lu le scénario je me suis retrouvée en elle dans sa sincérité, dans sa fragilité, c’est une personne qui donne beaucoup aux gens sans rien attendre en retour.

« On est fier de représenter l’Algérie ».

Mounia Meddour, réalisatrice du film parle de Papicha comme une nécessité, un devoir de mémoire, comment décrirais-tu ce film ?

Je n’ai pas le même rapport qu’elle à cette période de l’Histoire. Mounia a dû fuir avec sa famille l’Algérie car son père, réalisateur était menacé. Ce film est pour elle une façon de faire le deuil de cet exil qu’elle n’a pas choisi. Me concernant, j’ai vécu cette période à travers ce que mes parents m’ont raconté. Ils sortaient, s’amusaient. Pour eux, il fallait respirer la vie car l’avenir était incertain et ils pouvaient mourir à tout instant. Ce qui m’a marquée, c’est qu’avant de se quitter entre eux chaque soir ils se disaient «  le pardon entre nous » et ça m’avait beaucoup touchée. Ce film est un bel hommage à ce combat et au courage qu’ils ont eu.

Le film a été tourné en Algérie. Est-ce important ?

Oui, la réalisatrice voulait que ce soit le plus proche de la réalité et que ça se passe en Algérie du début jusqu’à la fin, tout comme le choix des actrices. Pour la réalisatrice, c’était important d’avoir des algériennes qui avaient de près ou de loin un vécu avec cette période de l’Histoire.

Cette révolte que l’on retrouve dans le film fait écho aux manifestations actuelles en Algérie, auxquelles tu as voulu participer. En quoi est-ce important pour toi ?

Je me devais absolument d’y être ! Car je fais partie de cette génération qui pendant longtemps à voulu changer les choses sans trop savoir comment. C’est une jeunesse qui a une soif de liberté et qui est prête à tout pour arriver à ses fins. C’est incroyable ce qui se passe et ils sont encore debout, et ne sont pas prêts de s’arrêter.

Sur certaines pancartes lors des manifestations on a pu lire : « Papicha vous avez la Palme d’or de votre peuple ». Comment ressent-on un tel message ?

J’en avais des frissons ! C’était extraordinaire. Pour nous, c’est un film qui appartient aux Algériens. Ce film leurs est dédié. Avec ces manifestions, tout prend encore plus d’ampleur et le message est encore plus fort.

Dans un extrait du film, il y a une citation d’Albert Jacquard qui dit : « Vivre ce n’est pas lutter contre les autres ». Qu’évoque pour toi cette citation ?

C’est respecter la liberté de chacun, ce n’est pas être les uns contre les autres mais plutôt apprendre à vivre ensemble et à se respecter mutuellement. Pour moi le plus important est la tolérance.

Le film a reçu trois prix au festival du film francophone d’Angoulême et a été choisi pour représenter l’Algérie aux Oscars 2020, mais sa projection à été annulée en Algérie. Selon toi pour quelles raisons ?

C’est assez compliqué. Parmi les conditions pour que le film soit éligible, il doit être projeté pendant sept jours d’affilées dans le pays qu’il représente or la projection a été annulé en Algérie. La réalisatrice s’est battue et à réussi à avoir une dérogation exceptionnelle du comité des Oscars pour pouvoir présenter le film. Le chemin est encore long mais on est fier de pouvoir représenter l’Algérie.

Ces femmes ont toutes un lien commun : celui du combat et de la résistance. Le changement d’une société passe-t’il par les femmes ?

Oui ! complètement. C’est un film avec un message universel car le combat de la femme est présent aujourd’hui dans toutes les sociétés à différents niveaux. Les femmes n’ont jamais cessé de se battre et ce film met en lumière le courage des ces femmes et porte un message d’espoir, de liberté et de joie de vivre.

Quelles expériences gardes-tu de ce film ?

Au delà du fait que c’est ma première expérience cinématographique, c’est tout ce que j’ai appris des autres actrices et ce que l’on a vécu sur ce tournage était très fort émotionnellement.

Comment définirais-tu la jeunesse Algérienne ?

Je la définirais en un seul mot : Espoir.

F.C

Portrait chinois :

Shirine, si tu étais

Une couleur : Le jaune

Un pays : L’Algérie

Un livre : Confidences à Allah de Saphia Azzedine.

Un souvenir : À l’âge de douze ans, quand on se retrouvait les soirs d’été à Oran entre amis en bas de ma cité à se raconter des histoires qui faisaient peur ».

Une citation : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas que l’on te fasse ».

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