Camille Bouassida, entre deux rives

Comédien et ancien chef cuisinier, Camille Bouassida présente le 26 septembre à Marseille une nouvelle forme de son spectacle Hors Sol – عبّاد الشمس. De la Tunisie à la France, de Paris à Marseille, il y raconte le déracinement, la quête d’identité et cette appartenance à deux pays qui a façonné son parcours. “On ne se déracine pas par plaisir.” Une phrase que Camille Bouassida présente presque comme une clé de lecture de Hors Sol. À travers son propre parcours, de la Tunisie quittée à 21 ans à sa vie construite en France, le comédien interroge le déracinement et cette appartenance à deux rives qui traverse sa création.

 

Un départ pour la cuisine, une quête de liberté

Né et élevé en Tunisie, Camille Bouassida y a grandi jusqu’à ses 21 ans. Passionné de cuisine, il choisit ensuite de partir en France pour se former et devenir chef cuisinier. Mais derrière ce projet professionnel se joue déjà autre chose. « Il y a toujours eu en moi cette soif d’aller chercher la liberté que je n’avais pas », explique-t-il. En Tunisie, dit-il simplement, « je ne pouvais pas être moi-même à 100 % ». La scène, elle, ne l’a jamais vraiment quitté. Dès l’enfance, il aime prendre le micro, chanter, danser, se produire devant sa famille. À 18 ans, encore en Tunisie, il commence le théâtre et la danse contemporaine. Un amour de la scène qui l’accompagnera après son installation en France.

« On ne se déracine pas par plaisir. »

— Camille Bouassida

La naissance de Hors Sol

C’est au moment de son coming out, à 24 ans, que germe l’idée du spectacle. Un coming out à lui-même d’abord, doublé d’un chagrin d’amour vécu en France. Camille raconte avoir longtemps pensé pouvoir traverser seul cette période difficile, porté par « cette jeune arrogance de se dire : je peux tout supporter, tout avancer seul ». S’ensuivent ce qu’il décrit comme une recherche accrue de « l’homme de sa vie », une forme d’addiction à la fête et une période de dépression qu’il évoque comme une « descente aux enfers », avant une reconstruction progressive. « C’est exactement à ce moment-là que l’idée de la pièce a émergé », confie-t-il. L’écriture devient alors le moyen de mettre en récit un cheminement qui dépasse sa seule histoire : celui de la recherche de soi, de l’identité et de la liberté d’être.

Un double titre, deux langues

Le choix du titre raconte déjà quelque chose de cette identité entre deux rives. D’un côté, Hors Sol, en français ; de l’autre, عبّاد الشمس (« tournesol »), écrit en arabe. Camille Bouassida n’a pas souhaité traduire l’un par l’autre : il a choisi de juxtaposer deux expressions distinctes qui se répondent. Hors Sol évoque pour lui le déracinement et l’exil. Le tournesol renvoie au soleil, à la lumière et à son attachement profond à la Méditerranée. Dans une scène de la pièce, il s’adresse ainsi à Marseille : « Je te rejoins sur les côtes de Marseille comme un tournesol, je tournerai de l’est à l’ouest cherchant ce que Massilia a de plus beau à m’offrir. »

Un homme libre entre deux rives

Tout au long de la pièce, Camille Bouassida explique qu’il se définit comme « un homme libre entre deux rives ». Une dualité qui, insiste-t-il, n’est pas nécessairement négative. Elle tient à l’amour qu’il porte à la fois à son pays de naissance et à son pays d’accueil. Pour l’exprimer, il convoque une image très personnelle. « La Tunisie, c’est la mère », les parents que l’on ne choisit pas mais que l’on continue d’aimer malgré leurs défauts. « La France, c’est ma meilleure amie : celle que j’ai choisie, et qui m’a choisi en retour. » Entre les deux, Camille dit avoir fini par créer son propre territoire : « J’ai créé mon propre monde, tuniso-français et franco-tunisien, qui puise dans les deux cultures, dans ce que j’aime le plus de chacune. » Cette identité passe aussi par les sens. Dans Hors Sol, les souvenirs de Tunisie remontent par les odeurs, la musique et la cuisine. Ses études de cuisine et son apprentissage de la sommellerie ont renforcé cette mémoire sensorielle. Sa « madeleine de Proust » à lui prend la forme du couscous, des épices et des moments passés en cuisine avec sa mère. Des souvenirs intimes qui deviennent une matière artistique et une manière de faire découvrir au public français une facette de la Tunisie — ses goûts, ses parfums et certaines de ses sonorités — qu’il estime encore méconnue.

Paris, puis la Méditerranée retrouvée

Dans ce parcours entre deux rives, Paris occupe une place particulière. Camille y passe onze années, intimement liées à son coming out, à son chagrin d’amour et à une période personnelle douloureuse. Une scène de plusieurs minutes dans Hors Sol porte d’ailleurs un titre sans équivoque : « Paris me fait du mal ». Lorsqu’il décide de quitter la capitale, Marseille n’est pourtant pas une évidence. Il ne connaît pas encore la ville et son déménagement est, raconte-t-il, difficile. Puis vient l’arrivée et, avec elle, une sensation familière. « L’eau iodée de la Méditerranée est venue caresser mes narines, et j’ai ressenti un sentiment de plénitude : je suis à la maison. » Après onze années parisiennes, le soleil et la mer le ramènent à son enfance tunisienne. Son père, se souvient-il, l’accompagnait le matin au lycée en lui demandant de regarder la mer. Marseille devient ainsi un nouveau point d’ancrage, sans effacer l’autre rive.

Une soirée prolongée autour d’une table

Le 26 septembre, Hors Sol prendra à Marseille une forme différente. Camille Bouassida souhaite prolonger la représentation par un moment collectif autour d’une grande tablée. Le public sera invité à partager un buffet tunisien, accompagné de musique, dans une configuration volontairement propice aux rencontres. Le choix du buffet plutôt que du service à table n’est pas anodin : se lever, se servir, découvrir un plat, engager la conversation avec son voisin font partie de l’expérience imaginée par l’artiste. « L’idée, c’est de vous ramener un bout de mon pays, un bout de moi, et de vous le donner autour de cette table. » Le repas ne vient donc pas simplement après le spectacle : il en prolonge le récit. Autour de cette table, Camille Bouassida réunit finalement ce qui traverse tout Hors Sol : la Tunisie et la France, la cuisine et la scène, les souvenirs du pays quitté et la vie construite ici. Une manière de faire cohabiter ses deux rives sans chercher à choisir définitivement l’une ou l’autre. Car lorsqu’on lui demande s’il se sent encore « hors sol », sa réponse résume finalement tout le chemin parcouru : « Je serai toujours hors sol : cet homme entre deux rives, debout au centre de la Méditerranée, avec des racines de chaque côté. »

 
F.C 
 

Informations pratiques

Hors Sol – عبّاد الشمس

Date : samedi 26 septembre 2026

Horaire : accueil à partir de 17 h

Lieu : La Boule des Vents, quartier du Panier, Marseille

Au programme : représentation de Hors Sol, musique, puis buffet tunisien et moment convivial autour d’une grande table.

Tarifs : Early Bird 30 € (dans la limite des places disponibles) · Tarif régulier 40 € · Tarif soutien 45 €

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