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Didier Raoult contre vents et marées

Pour lui, le confinement est une solution moyenâgeuse. En affirmant que la chloroquine pouvait guérir du coronavirus,

Didier Raoult est à l’origine d’un vent d’espoir en même temps que d’un flot de critiques. Retour sur le parcours de ce médecin marseillais, à la tête de l’institut « Infection Méditerranée ».

Il fait souffler un vent d’espoir en pleine crise du coronavirus. Alors que chacun est confiné, Didier Raoult, un des meilleurs infectiologues au monde, annonce dans une vidéo qu’un traitement pourrait guérir la maladie. Un traitement ancien et peu coûteux : la chloroquine. La nouvelle vient d’un confrère chinois qui a réalisé des premiers essais. Si certains se réjouissent, d’autres n’hésitent pas à qualifier l’information de « fake news ». Parmi eux, le journal Le Monde ainsi que le site du ministère de la santé. Sur les plateaux télé, un défilé de personnalités remettent en cause l’étude chinoise et sa méthodologie. Mais Didier Raoult s’en « fout », et choisit de passer à l’action, quitte à prendre ses distances vis-à-vis du comité chargé de conseiller le ministre de la Santé, dont il fait partie.

Pour lui, le confinement est une solution moyenâgeuse

Il teste en masse au sein de l’Institut hospitalo-universitaire qu’il dirige. Pour lui, le confinement est une solution moyenâgeuse. Et de citer l’exemple de la Corée du Sud qui a systématisé le diagnostic pour n’isoler que les malades, avec pour résultat une épidémie particulièrement maîtrisée. Et persuadé que « ce sont désormais les Chinois qui font la science pour les virus », il réplique à Marseille l’essai de son confrère. Un essai qui inclut d’abord vingt-quatre patients et dont les résultats sont particulièrement encourageants. La figure atypique de Didier Raoult prend alors une autre dimension. Une banderole de supporters célèbre : « Marseille et le monde avec le professeur Raoult ». Des personnalités locales louent les qualités du médecin à la renommée mondiale. Christian Estrosi, soigné par le professeur, demande à ce que les hôpitaux de sa ville aient recours à la chloroquine. Certains pays lui font confiance et recommandent son traitement, à l’instar du Maroc ou des États-Unis. Un soutien qui va droit au cœur d’un Didier Raoult de plus en plus visible médiatiquement. Il a peu de temps pour répondre aux journalistes mais publie régulièrement des points d’étape en vidéo. Il se dote également d’un compte twitter pour diffuser son message sur les réseaux sociaux : il faut dépister et traiter. Une stratégie qu’il applique à son échelle, comme pour montrer l’exemple. Des files se forment devant l’IHU, seul hôpital français qui diagnostique tous ceux qui le souhaitent. Les malades sont ensuite traités sur place. Mais cela lui vaut l’opprobre de certains qui lui reprochent une méthodologie peu rigoureuse. Il se défend : « Je suis d’accord avec le Président quand il dit que nous sommes en guerre. Une guerre justifie de se battre avec toutes les armes dont nous disposons. En tant que médecins, il est de notre devoir de donner aux malades le meilleur traitement disponible à l’instant T. Le reste, c’est de la littérature » lance-t-il au journal Marcelle.

Les tempêtes, ça ne lui a jamais fait peur

Il tient tête. Il garde le cap bien en vue dans la bourrasque. Les tempêtes, ça ne lui a jamais fait peur. À dix-huit ans, le jeune homme né au Sénégal se tourne vers une carrière de matelot. C’était avant de se rendre compte que le métier n’était pas fait pour lui, et que son père, médecin militaire, le pousse à faire des études de médecine. De contraint, il finit passionné. Avec un intérêt prononcé pour les maladies tropicales. Au fil de son parcours, il rencontre ceux qui l’entoureront dans l’IHU qu’il dirigera dès 2011.

L’Institut a pour mission de concentrer en un même lieu, à Marseille, les moyens de lutte contre les maladies infectieuses, première cause de mortalité dans le monde.  Mené par son capitaine de bord, l’IHU enchaîne les succès scientifiques. Enfin, on découvre comment soigner la fièvre Q Whipped, une zoonose méconnue. On pratique des greffes de microbiotes qui permettent de traiter des pathologies aussi mortelles que le Clostridium particulièrement difficile. Et parmi les découvertes qui rendent le docteur Didier Raoult extrêmement fier, il y a cette « énorme collection de microbes. On a isolé et identifié 40% des 2 700  bactéries connues chez l’homme ». Des bactéries aux noms évocateurs : « Massiliensis« , « Timonensis » (du nom de l’hôpital de la Timone à côté duquel se trouve l’IHU), ou encore « Bouchedurhonensis ». Des découvertes qui pourraient aider à lutter contre des cancers. « Nous avons découvert que les traitements contre le cancer sont modulés par le microbiote. Par exemple, dans le cas du cancer du poumon, ceux qui ont une certaine bactérie répondent au traitement, pas les autres ».

Des succès qui s’écrivent avec le reste du monde. Ainsi, l’IHU finance chaque année cent soixante étudiants étrangers, en provenance du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest pour l’essentiel. Car en matière d’infectiologie, Didier Raoult aime à regarder vers la mer. Et Marseille est un point d’observation idéal, elle qui a été une des premières villes de France à faire face à la Peste noire, en 1720. Une ville de résilience qui nourrit aujourd’hui bien des espoirs. Une cité rebelle, à l’image de sa figure du moment qui compte bien poursuivre sa vocation : celle de sauver des vies.

MGP

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