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@Jeff Nalin

Chef, Tv presentor and wise businessman… Maroun Chedid juggles easily between all these labels. Born in Lebanon, he turned his passion into an art of living. He has revolutionized the Lebanese cuisine. Maroun Chedid will also be the sponsor of “Food in Sud”, which will be held from the 24th to 26th of January 2016 in Marseille. An opportunity to make us discover exclusively his new line of Lebanese-Mediterranean gourmet products « by Georgette Maroun Chedid » inspired by his mother. Passionate, Maroun Chedid will undoubtedly leave his mark

Echos d’Orient : What motivated you to become a chef?

Maroun : My mother was the first person that motivated me to learn about cooking, and introduced me to my passion! I loved watching her forage for herbs, fresh vegetables and fruits from our garden. She had her secret recipes and loved to gather family and friends around a rich meal. I believe it was her joie de vivre and love for cooking in addition to the beauty of nature and all the Mediterranean has to offer that motivated me to become a Chef.

What does cooking represent for you ? And specially Lebanese food ?

Cooking is my life, it is my Passion. Lebanese cuisine is not only about food, but about how and who you share your meal with. Eating becomes an experience that brings together people. I especially love the positive energy and importance of sharing a mezze with friends and loved ones. For me this is very important!

What is the best cuisine for you? Why?

I don’t believe in a best cuisine, but I do think that cooking is universal. For a cuisine to be labeled as great, it has to have the best products and ingredients. More importantly it has to be prepared in a good way, with the right methods and a great respect for the product.

What is the secret of your success?

Hard work , passion, dedication, and determination. I love what I do, and I am eager to leave a mark in the Lebanese-Mediterranean cuisine. This is what drives me to strive for perfection and achieve success.

« My mother has been my culinary muse since the start of my career »

How do you manage being a TV animator, businessman and a chef?

Easy, I work 26hrs/24hrs, Organization and focus is key!

On the website ladepeche.fr, you said « we are experiencing a culinary revolution ». What do you mean by « culinary revolution »?

In the Lebanese-Mediterranean cuisine, we have a lot of recipes and cooking traditions that have been passed on by our forefathers. I think that the young generation of Chefs is leading a ‘revolution’ by, taking the cuisine of our parents and grandparents, and reinterpreting it to match our modern lifestyle. Inspired by our knowledge and inline with modern-day trends, we are introducing new ingredients, spices, and techniques to these old traditional recipes, creating the new Lebanese-Mediterranean cuisine.

Who inspired you the most during your career?

My mother has been my culinary muse since the start of my career. During Food’in Sud, I will be launching a new line of Lebanese-Mediterranean gourmet products that are inspired by her and I invite you and your readers to visit our booth and get to know, Georgette by Maroun Chedid.

For you, cooking is an art can you tell us more about that?

Cooking for me is an art, as it involves many details and a lot of patience. Juts like an artist, to offer a good meal you need to think about everything: the details, the cooking method and the presentation.

How do you imagine your future ? What are your projects ?

I am launching the line of gourmet Lebanese-Mediterranean products inspired by mother ‘Georgette by Maroun Chedid’ during Food’inSud. In July 2016, Maison Maroun Chedid will be open in Beirut and will include a restaurant, a cooking academy and a boutique.

M.M

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@Jeff Nalin

 

Chef cuisinier, présentateur d’émission et homme d’affaires avisé  Maroun chedid jongle sans difficultés avec toutes ces étiquettes. Né au Liban il a fait de sa passion un art de vivre et a révolutionné la cuisine libanaise. Maroun Chedid sera également le parrain de Food in Sud qui aura lieu du 24 au 26 janvier 2016 à Marseille. Une occasion de nous faire découvrir en exclusivité sa nouvelle gamme de produits gourmets Libano-Méditerranéenne : « Georgette par Maroun CHEDID »  inspirée par sa  mère. Passionné, Maroun Chedid laissera sans aucun doute son empreinte.

Echos d’Orient : Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir cuisinier ?

Maroun : Ma mère a été la première personne qui m’a motivé à apprendre la cuisine et c’est elle qui m’a transmis cette passion. J’adorais la regarder quand elle cueillait les herbes, les légumes frais et les fruits de notre jardin. Elle avait ses recettes secrètes. Elle adorait rassembler la famille et les amis autour d’un bon repas. Je pense que ce qui m’a vraiment motivé c’est sa joie de vivre, la beauté de la nature et tout ce que la Méditerranée a à nous offrir.

Que représente pour vous la cuisine ? Et la cuisine libanaise particulièrement ?

Cuisiner, c’est ma vie. C’est ma passion. La cuisine libanaise ce n’est pas que de la nourriture, c’est aussi la façon de partager son repas. La nourriture rassemble les gens. C’est très important de partager un mezze avec des amis et des êtres chers. J’aime beaucoup l’énergie positive qui s’y dégage.

Quelle est pour vous la meilleure cuisine ? Pourquoi ?

Je ne crois pas qu’il y ait une meilleure cuisine en particulier. Mais, je suis certain que cuisiner est universel. Pour qu’une cuisine soit excellente, il faut avoir les meilleurs produits et les meilleurs ingrédients. Plus important encore, il faut qu’elle soit préparée correctement, avec les bonnes méthodes et en respectant les produits.

Quel est le secret de votre réussite ?

Travailler dur, la passion, le dévouement, et la détermination. J’adore ce que je fais. Je veux laisser une empreinte dans la cuisine Libano-Méditerranéenne. C’est ce qui me pousse à me perfectionner et à me battre pour réussir.

Comment arrivez-vous à jongler entre présentateur, homme d’affaires et cuisiner ?

Facile. Je travaille 26 heures sur 24. L’organisation et la concentration sont les clés.

« Ma mère a été ma muse culinaire depuis le début de ma carrière »

Dans un interview, vous avez dit « Nous vivons actuellement une véritable révolution culinaire ». Qu’entendez-vous par cette définition ? 

Dans la cuisine Libano-Méditerranéenne, nous avons beaucoup de recettes. Les recettes traditionnelles nous ont été transmises par nos ancêtres. Je pense que les jeunes cuisiniers sont en train de mener une « révolution » en prenant la cuisine de nos parents et grands-parents et en les réinterprétant de sorte à ceux qu’ils soient compatibles avec notre mode de vie moderne. Inspirées par nos connaissances et concordant avec les tendances modernes. Nous introduisons de nouveaux ingrédients, de nouvelles épices et de nouvelles techniques à ces anciennes recettes, créant ainsi la nouvelle cuisine Libano-Méditerranéenne.

Quelle est la personne qui vous a le plus inspiré dans votre carrière ?

Ma mère a été ma muse culinaire depuis le début de ma carrière. Pendant l’édition Food’in Sud, je lancerai une nouvelle gamme de produits gourmets libano-méditerranéenne. Inspirée par mère, et je vous invite vous et vos lecteurs à visiter pour en savoir plus, Georgette par Maroun Chedid.

Vous qualifiez la cuisine comme étant un art, pouvez-vous nous en dire plus ?

Cuisiner pour moi est un art, elle requiert beaucoup de finesse et de patience. Comme un artiste, pour préparer un bon repas il faut penser à tout : les détails, la méthode de cuisiner et la présentation.

Comment imaginez-vous votre avenir ? Quels sont vos projets ?

Je lance ma gamme de produits gourmets Libano-Méditerranéenne inspirée par ma mère « Georgette par Maroun Chedid » durant le Food’in Sud à Marseille. En juillet 2016, la maison Maroun Chedid ouvrira à Beyrouth, il y’aura un restaurant, une école de cuisine et un magasin.

M.M

 

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Naestro lors de son premier passage dans l’émission « La France a un incroyable talent » @childeric QUEUILLE.photoriginale

De la boxe au chant lyrique, paraît-il, il ny a quun pas. Du haut de ses 26 ans, Nabil Rachdi alias Naestro a ému les Français, le 10 novembre dernier, lors de sa magnifique prestation dans l’émission « La France a un incroyable talent ». Un passage qui a été dailleurs récompensé par le golden buzzer de Gilbert. Retour sur le parcours exceptionnel de ce jeune chanteur ténor à lavenir prometteur.

Un boxeur qui chante de lopéra, en voilà une bonne. Pourtant cest ce que réussit à faire Naestro depuis un an. Dès l’âge de quatre ans, il enchaîne les sports de combat. De la boxe au free fight en passant par la lutte et le karaté. Il collectionne les victoires et les palmarès. Grand et baraqué, pour lui, cest soit la soumission, soit le K.O. En blaguant, il se décrit dailleurs comme quelquun de hargneux qui aime la victoire. Il ajoute : « Il ny a personne qui peut être aussi teigneux quun boxeur. ». Bon vivant, drôle, et respectueux, il aime passer son temps avec sa famille. Amateur des soirées karaoké avec ses amis, il y passe le plus clair de son temps. Cest dailleurs dans ce genre dendroit quil découvre sa passion pour le chant. Ses collègues, surpris par sa voix, lui conseillent alors vivement daller passer des concours. Qu’à cela ne tienne, Nabil nen fait qu’à sa tête et ny croit pas. Il continue à aller aux soirées karaoké pour se détendre. Jusquau jour où sa femme décide de linscrire à un concours de chant présidé par Armanda Altaï. Surprise et émue par la voix du ténor, celle-ci lui recommande des cours de chant. Idée quil accepte et quil met en action. Il commence dès lors à faire des vidéos quil poste sur les réseaux sociaux. Ses podcasts feront le tour de la France. Il se surprend lui-même. Divers producteurs le contactent pour des émissions de télévision. Cest un homme ambitieux qui va jusquau bout de ses rêves. Soutenu par les siens, il compte bien gagner la finale de l’émission. Cest un jeune homme qui naime pas perdre son temps. Entre les combats et le chant, il a créé une association pour venir en aide aux plus démunis. « On nest pas à labri d’être sans-abris. » confie-t-il. Nabil compte bien réaliser son rêve : apporter une touche de modernité au lyrique pour qu’il puisse rejaillir parmi les jeunes.

M.M

 

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@pascalguyot

Le 6 juin 2015, Mohed Altrad se voit décerner le « Prix mondial de l’Entrepreneur de l’Année ». Une première pour la France.

Son histoire atypique pourrait inspirer les plus grands écrivains tant elle relève du conte. Il était une fois, Mohed Altrad, fils du désert syrien. Nul ne connaît véritablement sa date de naissance. Seul souvenir de cette enfance, une mère jeune, violée et répudiée par son père. Un frère mort des conséquences d’une maltraitance. On commence ainsi nous dira-t-il. Mohed Altrad a une sagesse innée. Là où certains se seraient apitoyés sur leur sort, lui fait de ses épreuves une force. Il prendra son destin en main, bravera les traditions et ira à l’école. Il décrochera une bourse d’études qui lui permettra de quitter son pays natal. Il a environ dix-sept ans quand il pose les pieds pour la première fois sur le sol français, sans connaître ni la langue ni la culture. Il est aujourd’hui entendu par les plus grands chefs d’États. Belle revanche pour celui qui ne parlait pas un mot français. Loin des tentes bédouines, Mohed fait de son nom une renommée mondiale. Altrad devient le roi de l’échafaudage. Parti de peu, l’enfant du désert devient millionnaire et se construit un empire pesant plus de 300 millions d’euros. Rencontre avec celui qui fait briller la France.

Echos d’Orient. Vous avez obtenu le titre du meilleur entrepreneur mondial, que représente pour vous ce prix ?

Mohed : C’est un symbole très fort, d’autant plus pour une personne issue de l’immigration comme moi. C’est la première fois que la France remporte ce titre. Lorsque le président du jury annonce le gagnant, il ne prononce par notre nom, mais dit : « le gagnant est la France ». C’est une belle reconnaissance.

Vous avez dit : « Ce prix ne m’appartient pas, c’est la France qui l’a gagné », qu’entendez- vous par là ?

C’est comme la coupe du monde de football. Ce n’est pas Zidane qui l’a gagnée, c’est la France. Zidane est né en France, a appris à jouer au foot dans ce pays… Il est vrai que les médias ont tendance à faire beaucoup d’amalgames, qui sont parfois graves, mais il est important de reconnaître aussi certaines choses. Et me concernant, je suis reconnaissant à ce pays.

Enfant, comment imaginiez-vous la France ?

La Syrie n’a aucun lien avec la France, contrairement au Maghreb. Je ne parlais pas un mot français. J’avais lu deux traductions, une sur l’histoire du Général de Gaulle qui m’avait beaucoup fasciné, et une autre sur les écrits de Flaubert. Je suis donc arrivé en France avec tout cet imaginaire qui me fascinait. Mais une fois confronté à la réalité, c’était un vrai choc. D’autant plus que je suis arrivé dans les années ‘70. L’indépendance de l’Algérie était récente et le racisme très ancré. J’étais encore habillé comme dans mon pays d’origine et cela dérangeait. Lorsque je suis arrivé, rien ne m’a donné l’envie de rester et je voulais repartir. Mais j’ai compris que je devais apprendre de cette nouvelle culture et réussir à m’adapter.

« Ce prix ne m’appartient pas, c’est la France qui l’a gagné »

Vous êtes né dans un contexte violent, comment arrive-t-on à se construire dans cette douleur?

Difficilement. Un père chef de la tribu et une mère très jeune, violée et répudiée par mon père. Je suis né de ce viol. Et mon frère est décédé de maltraitance faite par mon père. Juste après ma naissance, ma mère décède et je suis élevé par ma grand-mère. Il aurait pu me tuer comme il a tué mon frère. J’ai eu la chance de ne pas être resté avec lui. C’est une histoire que l’on porte avec soi pour toujours et qu’on ne peut oublier.

La plupart des pays dont la santé économique est florissante sont souvent ceux qui ont valorisé le phénomène entrepreneurial. Pensez-vous que la France fait assez d’efforts pour faciliter la volonté d’entreprendre ?

Je ne sais pas. C’est assez compliqué. J’ai la chance d’avoir mon entreprise Altrad présente dans plus de cent pays et de connaître différentes cultures. La France a un problème avec l’argent. On ne parle pas d’argent. Ce sont les entreprises qui créent des richesses, or on ne les comprend pas. Vous pouvez demander à n’importe quel député comment fonctionne une entreprise, ils ne pourront pas vous répondre ! Et ce sont eux qui votent les lois. On ne peut pas aimer quelqu’un si on ne le comprend pas ! C’est un principe fondamental. Et je le vois bien autour de moi. En France, l’entrepreneur n’est pas compris et aimé comme il se doit.

Selon vous, pourquoi le rôle de l’entrepreneur n’est-il pas assez valorisé en France ?

Il y a un décalage qui existe et les écarts les plus importants à gommer sont les écarts culturels. Il faut beaucoup d’efforts. Quand je suis arrivé en France, je voulais repartir au bout de quelques jours. Je ne parlais pas la langue et les gens n’étaient pas spécialement sympas. Je ne pouvais pas repartir, car j’avais nulle part ou aller. Alors je suis resté et un jour j’ai compris que ce n’est pas la France qui va changer pour moi, mais que c’est à moi de changer et d’apprendre cette nouvelle culture.

Dans son ouvrage «  apprendre à entreprendre » Alain Fayol explique que l’on ne naît pas entrepreneur, mais qu’on le devient, êtes-vous de cet avis ?

Oui. Il y a des techniques d’entreprendre qui s’apprennent. Ensuite le sens de l’effort, la volonté, l’envie de réussir sont quelque chose en soi.

Quel est votre style de management ?

C’est un management complètement humaniste. J’ai établi une charte pour l’entreprise Altrad. Ce ne sont pas que des écrits, je les applique auprès du personnel. Tout part de l’humain. Si l’on prend les produits Altrad, il n’y a rien de sexy ! Il n’y a pas plus basique qu’une bétonnière et un échafaudage. Mais pour devenir une entreprise mondiale reconnue, il faut prendre en compte d’autres dimensions sinon cela ne fonctionne pas. L’entreprise est une construction humaine faite par les hommes, pour les hommes. Prendre en considération l’humain est important.

Que pensez-vous de la politique des quotas ?

Quelles que soient nos origines, nous sommes Français, c’est le regard que l’on porte sur nous qui est différent. Nous sommes sans cesse obligés de faire des efforts. Mais la notion de quotas me gêne. C’est une forme de ségrégation. La France dispose de nombreux talents, mais depuis trente ans, le chômage et la pauvreté augmentent, ce n’est pas normal.

Vous êtes également président du club de rugby à Montpellier, qu’est-ce qui vous a poussé vers ce choix ?

Le club était en très grande difficulté financière. Ils ont fait appel à moi pour sauver le club et j’ai accepté. À titre personnel, c’est un autre défi. Le rugby est un lieu où s’exercent les passions. C’est aussi l’occasion pour moi de faire passer un message et renvoyer en quelque sorte l’ascenseur social dans le pays où j’ai appris le français, fait mes études et où mes enfants sont nés. J’ai des liens affectifs avec la France.

Nommer le stade de rugby du nom de votre entreprise « Altrad », c’est une façon de laisser votre trace ?

Oui, il y a un côté matérialiste. C’est une façon de donner un côté institutionnel à l’entreprise Altrad.

En tant qu’entrepreneur, quels ont été les principaux défis à relever ?

Les débuts ont été très difficiles, le fait d’avoir repris une entreprise d’échafaudage en faillite, mais aussi les préjugés sur mes origines. Tous ces éléments ne donnaient pas envie au banquier de croire à mon projet. Il fallait se battre.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre à la nouvelle génération ?

En racontant mon histoire et mon parcours à travers mes écrits je fais passer beaucoup de messages.

F.C

Altrad en quelques chiffres 

Date de création : 1985

870 millions d’euros de CA

+ d’ 1 million de clients à travers le monde.

7 300 salariés dans 16 pays

N°1 européen de l’échafaudage et de la bétonnière

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Sabrina Ouazani a 24 ans. Et pourtant cette jeune actrice a déjà dix ans de carrière derrière elle… Remarquée en 2005 pour sa performance dans L’Esquive d’Abdellatif Kechiche, Sabrina Ouazani n’en finit pas ses collaborations fructueuses avec les meilleurs réalisateurs français. Et internationaux. On l’a récemment vu dans le dernier film du cinéaste iranien Asghar Farhadi Le Passé, sélectionné et primé à Cannes. La jeune femme, bouleversante de naturel, revient pour nous sur son parcours, ses envies et sa passion du 7ème art. Interview.

Echos d’Orient : Vous avez gravi les marches de Cannes cette année. Bien entourée puisque vous avez joué dans le dernier film d’Asghar Farhadi Le Passé. Racontez-nous cette rencontre…

Sabrina : Quand j’ai appris qu’Asghar Farhadi faisait un film en France, je me suis dit que c’était maintenant ou jamais. J’étais allée voir son film Une séparation trois fois au cinéma. J’étais complètement fan. Mais Asghar cherchait une jeune fille maghrébine d’une vingtaine d’années non-professionnelle pour interpréter le rôle d’une Iranienne sans papiers fraîchement arrivée en France. J’ai appelé encore et encore, je voulais absolument faire partie de l’aventure. Pour la petite histoire, lors de notre première entrevue, rien n’était gagné, il m’a demandé si je savais jouer avec un fort accent iranien. Pendant quelques instants j’ai réfléchi. La tentation était grande de mentir (rires). Mais bon, il fallait bien que je dise la vérité, je ne pouvais que lui promettre de travailler ma diction. Ça a marché. Quand j’ai appris que j’étais prise, j’ai explosé de joie, hurlé, chanté, dansé en bas de chez moi à la Courneuve. Les gens ont dû me prendre pour une folle ce jour-là.

Comment s’est déroulé le tournage ?

Sur le tournage, même s’il y avait la barrière de la langue [Asghar Farhadi ne parle pas français, ndlr], il y avait une concentration extraordinaire. Asghar Farhadi me disait souvent, ne joue pas, sois. Une expérience parfois troublante !

Avant d’en arriver là, vous avez commencé jeune, 13 ans, dans L’Esquive. Comment vous êtes-vous retrouvée dans le casting d’Abdellatif Kechiche ?

Grâce à ma mère ! Elle avait trouvé une petite affiche à la station de tramway à La Courneuve. Le casting sauvage de l’Esquive ! Elle nous l’a donc proposé à mon frère et moi. Sans nous forcer. Comme un passe-temps. Pour l’expérience et les souvenirs. On s’est laissé prendre au jeu. Et voilà, on s’est retrouvé à jouer une scène d’improvisation dans une petite salle à Bobigny. Ma meilleure amie et moi étions censées revenir d’un cours de théâtre et mon frère nous demandait où nous étions. Je devais lui trouver un mensonge sous prétexte que c’était un peu la honte de faire du théâtre dans une cité à ce moment-là. C’était parti.

Et votre mère, grâce à qui tout a commencé, que pense-t-elle de votre parcours ?

Elle reste pragmatique me rappelant que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. C’est ma mère qui m’a appris ça avant tout le monde. Elle m’a toujours dit de rester humble, surtout après ma nomination Meilleur espoir féminin aux Césars 2005. « Sois gentille avec les gens quand tu montes les marches, ça sera les mêmes quand tu les redescendras ». Je garde cette phrase en tête pour ne pas prendre la grosse tête.

Abdellatif Kechiche a été couronné de succès à Cannes avec La vie d’Adèle. C’est quoi son secret ? Y a-t-il une méthode Kechiche ?

S’il y a une méthode Kechiche, c’est une école de la spontanéité. Un peu brut.

Il faut savoir que c’est particulier. Pour L’Esquive, il n’y avait pas de gros budget, il n’y avait pas vraiment de scénario. C’était au jour le jour. Il encourageait l’improvisation. De ce fait, sur le tournage ,je me souviens qu’il y avait beaucoup de discipline parce qu’il fallait être attentif, toujours aux aguets.

C’est une très bonne école à vrai dire.

Et votre approche à vous ?

Je n’aime pas trop répéter pour garder une certaine fraîcheur. Peut-être des restes de ma rencontre avec Abdellatif. Je n’apprends jamais mes textes. Je les lis deux, trois fois le matin. Mais j’essaye de me renseigner, d’aller à la rencontre des gens quand les sujets sont complexes comme le conflit israélo-palestinien évoqué dans le film Inch’Allah d’Anaïs Barbeau-Lavalette ou la grève du sexe des femmes marocaines dans La source des femmes [de Radu Mihaileanu, ndlr]. Pour Inch’Allah, je suis allée dans les camps de réfugiés en Cisjordanie, j’ai appris le palestinien, j’ai observé et essayé de me nourrir de ce que je voyais. Et en général dans la vie de tous les jours, je suis comme ça, j’observe beaucoup. Personnellement, je ne sais pas comment font ces comédiens qui s’enferment dans leur tour d’ivoire, ceux qui se coupent de la réalité quotidienne du fait d’une certaine notoriété. Comment représenter le monde si on n’est plus en contact avec lui ?

Justement, les rôles que vous avez interprétés ne sont jamais anodins. Je pense au thème du mariage forcé évoqué dans Les 3 petites filles de Jean-Loup Hubert ou celui du conflit israélo-palestinien dans Inch’Allah, pour ne citer que ces deux films. Qu’est-ce qui vous fait accepter un rôle plutôt qu’un autre ?

Je ne choisis pas mes films, ils me choisissent en fin de compte. Je marche beaucoup au coup de cœur. La rencontre avec le réalisateur est très importante pour moi aussi. Mais je n’ai jamais accepté un film pour de l’argent par exemple.

Il est vrai qu’instinctivement je vais vers des films assez engagés. Je pense à Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois sur l’assassinat des moines de Tibhirine ou Inch’Allah toujours. J’ai envie de divertir, j’ai envie de faire rire mais j’ai surtout envie de faire réfléchir. Ma petite sœur a 17 ans et je vois comme c’est devenu compliqué aujourd’hui d’ouvrir un livre parce qu’il y a tellement de conneries à la télé. Il y a ces gens qui nous influencent et qui deviennent des modèles pour les enfants, les Nabila and Co. Si je peux prendre un outil de divertissement comme le cinéma et réussir à intéresser quelqu’un sur un sujet important, ça me va (rires).

Les médias parlent facilement d’une jeune génération d’actrices d’origine maghrébine. Leïla Bekti, Amelle Chahbi, …

Que pensez-vous de cette « labélisation » ? Avantages ? Frein ? Absurdité ?

Je suis très fière de mes origines mais cette « labélisation » peut me déranger.

C’est mettre les personnes dans des cases. On est de jeunes comédiennes point. Quand on parle de Mélanie Laurent, Mélanie Thierry ou Sara Forestier, parle-t-on d’une jeune génération d’actrices blondes aux yeux bleus ? C’est absurde dans un certain sens !

Etre actrice pour moi, c’est pouvoir vivre mille vies. Sans étiquette, sans cloisonnement. C’est ça qui m’éclate.

Vous êtes très fière de vos origines… justement quels rapports entretenez-vous avec vos origines algériennes ?

Un rapport fort. Paradoxalement. Je dis paradoxalement parce que je ne suis jamais allée à Sibi Bel Abbès, le village natal de mes parents. Mais ça a toujours été un rêve, quelque chose qui m’a manqué. Découvrir l’endroit où mes parents ont vécu, où ils se sont rencontrés, où ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. J’ai soif de connaître. C’est important pour moi. D’ailleurs, j’ai écrit un court-métrage, Là-bas, sur cette relation ambiguë que je garde avec l’Algérie. J’y évoque cette « nostalgie imaginaire » comme j’aime à le dire. Imaginaire parce que je n’ai pas connu. Mais nostalgie quand même. Celle que mon père m’a transmise via les histoires qu’il nous racontait et qu’il m’a offertes en héritage.

Quels projets sont sur le feu en ce moment pour vous ?

Je viens de finir le film L’Oranais du réalisateur franco-algérien Lyes Salem, qui traite de l’indépendance de l’Algérie et du retour des légionnaires dans leurs familles. Et oui, l’Algérie toujours! Je joue également dans la pièce Amour sur place ou à emporter au Théâtre du Gymnase à Paris tout l’été. Beau challenge de monter sur les planches.

Que peut-on vous souhaiter de bon maintenant,  plus personnellement?

J’aimerais aller au bout de mon film, Là-bas et le réaliser en fin d’année. J’espère tout au moins. Ça fait pas mal de temps que je le porte. J’aimerais aussi garder auprès de moi les gens que j’aime. Et puis allez ! Pourquoi pas, dans quelques années, un petit mariage et des enfants ! (rires).

E.O

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Talentueuse et belle Inna Modja est une vraie révélation. Artiste libre mais aussi femme engagée, elle mène depuis dix ans un combat contre l’excision qu’elle-même a vécue. Son album « Love révolution » est un pur moment de bonheur et de bonne humeur. Rencontre.

 

Echos d’Orient : Comment passe-t-on de mannequin à chanteuse ?

Inna : Je faisais d’abord de la musique. J’ai commencé à écrire et composer à quatorze ans. Je suis complètement autodidacte. A dix huit ans on me propose d’être mannequin en parallèle de mes études et je me suis dit que c’était un bon moyen financièrement d’être indépendante. C’est un métier que j’ai fait avec beaucoup d’amusement sans vraiment d’ambition et qui ne m’a pas détournée de la musique.

Comment définirais-tu l’ambiance de ton nouvel album ?

C’est un album assez pop avec des influences plus soul que le premier. Il me ressemble complètement. Dans cet album je fais découvrir une autre facette de ma personnalité. Il est plus énergique que le premier. Derrière chaque chanson il y a un bout de mon histoire. Les deux albums sont très intimistes. J’aime beaucoup raconter des histoires que moi ou mes proches ont vécu. Il n’ y à rien d’inventé. C’est vraiment l’envie de faire partager aux autres mes expériences plus ou moins sympa.

Comment t’es venue l’idée du titre de ton album « Love révolution » ?

C’est venu spontanément. L’amour que l’on peut recevoir est un vrai confort et qui nous permet de créer une vraie bulle. Aujourd’hui on vit dans une société où les gens sont blasés et trouvent cela naïf ou ringard alors que notre quête du bonheur passe par l’amour.

Quels sont les thèmes que tu aimes aborder ?

J’aime bien évoqué les relations entre les gens que ce soit l’amitié, la famille ou les gens que l’on croise régulièrement avec qui on crée du lien. Pour moi ce sont des thèmes très importants. Dans le titre « Homeless » par exemple, je l’ai écrit en rapport avec cette personne sans abri que je croisais tous les jours en bas de chez moi, on discutait souvent ensemble et j’ai eu envie de parler de cela.

Quelques mots sur le choix de l’anglais dans ton album…

Je n’ai peur de rien sur le premier album, j’ai voulu l’écrire uniquement en anglais car j’ai grandi dans des pays anglophones  donc l’anglais a été spontané dans l’écriture de mon premier album et pour le deuxième je me suis dit c’est l’album des « audaces » et je vais chanter en français. Faire de la musique et être artiste, c’est aussi prendre de la liberté c’est de ne pas rentrer dans un moule, je fais vraiment ce qu’il me plaît. Pour moi c’est primordial de marquer sa différence.

Ta famille a-t-elle joué un rôle important dans tes influences musicales ?

Nous sommes une famille nombreuse et chacun a vraiment son style de musique, du coup cela m’a beaucoup aidé, j’ai grandi avec une musique tellement différente. Mon père écoutait de la sool et ma mère du Gainsbourg et de la musique traditionnelle africaine. Mes sœurs écoutaient du disco, de la pop et mes frères étaient fans de rap… Ces mélanges m’ont habituée à m’intéresser à plusieurs genres de musiques.

« Au bout de dix ans j’ai trouvé ma façon personnelle de faire de la musique »

Ton titre « French Cancan » est devenu l’un des tubes de l’été 2011. Comment vis-tu ce succès ?

J’étais très surprise car c’était le premier titre de l’album. C’était très surprenant car beaucoup connaissait la chanson et elle était devenue le tube de l’été et ça c’était super ! Quand les gens venaient me voir, pour eux la chanson était rattachée à des souvenirs heureux et cela m’a boostée pour la sortie de l’album.

A quel moment as-tu trouvé ton identité musicale ?

J’ai mis beaucoup de temps, pratiquement dix ans. J’avais besoin de travailler, de comprendre comment cela fonctionne et dans cet apprentissage c’est très important d’apprendre à ne pas copier et de trouver vraiment comment on a réellement envie de s’exprimer par l’écrit et la musique. Au bout de dix ans j’ai trouvé ma façon personnelle de faire de la musique et à ce moment-là tu prends la liberté et tu t’enlèves toutes les barrières. L’essentiel pour moi c’est de m’accomplir artistiquement et que j’avance et c’est de cette façon-là que j’ai réalisé le premier album sorti en 2009.

Dans ton nouvel album, Emily est un titre inspiré d’une rencontre dans le train. Peux-tu nous en dire quelques mots…

En fait, j’ai écrit cette chanson pour une jeune femme que j’ai rencontré dans le train et qui s’appelle Emily. Elle m’a raconté son histoire dans laquelle elle a perdu son mari et ses deux filles dans le tremblement de terre à Haïti. Et en aucun moment elle ne s’est apitoyée sur son sort. C’est une femme battante et pleine de vie. J’ai eu envie d’écrire cette histoire sans pour autant que ce soit une histoire qui fasse pleurer car cette femme avait de l’espoir et elle m’a transmis beaucoup d’énergie. L’histoire s’est écrite toute seule.

Tu mènes également un combat contre l’excision que tu as toi même vécue…

J’ai vécu l’excision à l’insu de mes parents. Cela fait huit ans que je lutte contre l’excision. C’est une pratique qui se fait encore aujourd’hui hui, il y a environ 3000 petites filles qui se font exciser dans le monde chaque jour. C’est un chiffre qui fait froid dans le dos et on essaie par la parole et la sensibilisation de faire prendre conscience de tous les risques qu’une femme prend en étant excisée que ce soit physiquement ou psychologiquement. On essaie de faire basculer les choses pour que le poids des traditions s’allège.

Comment se bat-on contre une telle pratique aussi taboue en Afrique ?

En parlant. Ce qui est paradoxal, c ‘est qu’en Afrique ça évolue plus rapidement qu’en Europe car les gouvernements et les associations mettent tout en place pour sensibiliser les gens sur l’excision. Avec mon association « Tostan » nous avons également comme objectif d’aider les femmes à lutter contre la pauvreté afin d’être autonomes, car les excisions sont faites par les femmes. Aider ces exciseuses à trouver un autre métier est important et permet de faire reculer l’excision et que celles-ci ne se retrouvent pas sans rien pour vivre. En France, c’est beaucoup plus difficile car c’est très tabou et les filles sont partagées entre leur éducation occidentale et le poids de la famille.

Penses-tu que ta notoriété peut contribuer à faire avancer les choses ?

Je mène le combat différemment. Avant j’accueillais les filles en cachette chez moi et aujourd’hui je ne peux plus le faire. J’ai reçu des menaces. Il y a encore beaucoup de gens qui sont contre la lutte de l’excision. Je continue à en parler. Le but c’est de leur dire « j’ai vécu ce que vous avez vécu, je comprend et il y a une porte de sortie ». Si aujourd’hui je suis entendue tant mieux et je continue à me battre avec l’association « Tostan » pour aider à améliorer la condition de la femme africaine.

Envisages-tu une tournée à l’étranger ?

L’album est sorti au Canada, au Japon et en Allemagne. Je vais déjà aller dans ces pays pour faire de la promo. Et sans oublier l’Afrique qui est très importante pour moi. Mes parents ne m’ont jamais vu chanter !

F.C

 

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