
Du 21 août au 6 septembre 2026, Kouss·Kouss déploie sa neuvième édition dans toute la cité phocéenne. Né à la Friche la Belle de Mai autour d’un plat emblématique de la Méditerranée, le festival est devenu en quelques années un rendez-vous populaire de l’été marseillais. Samedi 29 août, 5 000 couscous ont été proposés gratuitement place Bargemon. Derrière la fête et la gastronomie se dessine une question profondément marseillaise : celle d’une identité méditerranéenne faite de rencontres, de transmissions et de cultures multiples.
D’un concert de Rachid Taha à un festival à l’échelle de Marseille
L’histoire de Kouss·Kouss commence en 2018 à la Friche la Belle de Mai. Initié par Les Grandes Tables et I.C.I., avec Marseille Centre, le festival associe, dès sa première édition, cuisine, culture et musique autour du couscous. L’un de ses temps forts réunit alors, sur le toit-terrasse de la Friche, Rachid Taha, Rodolphe Burger et le musicien marseillais Hakim Hamadouche pour un concert de Couscous Clan. Autour d’eux, chefs et cuisiniers proposent leurs interprétations de ce plat emblématique. Une première édition qui pose les bases d’un rendez-vous appelé à essaimer bien au-delà de la Belle de Mai. Neuf éditions plus tard, Kouss·Kouss a changé d’échelle. Restaurants, cantines solidaires, associations, commerces, marchés et lieux culturels participent désormais à l’événement dans de nombreux quartiers de Marseille. Près de 200 lieux sont associés à l’édition 2026, de Noailles aux Goudes, du Vieux-Port au Plan d’Aou. Ce maillage constitue sans doute l’une des clés de son succès : Kouss·Kouss ne cantonne pas le couscous à une tradition culinaire figée. Il le fait voyager entre tables populaires, créations de chefs, musique, rencontres et initiatives citoyennes.
Herbes et aromates, fil conducteur de l’édition 2026
Après la harissa, les poissons bleus, les graines puis le pois chiche lors des éditions précédentes, Kouss·Kouss consacre cette année sa programmation aux herbes et aromates. Menthe, coriandre, thym, basilic ou plantes sauvages deviennent autant de portes d’entrée vers les paysages, les recettes et les savoir-faire du bassin méditerranéen. Inscrite dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, cette neuvième édition accueille également des chefs, artistes et acteurs culinaires venus notamment du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et du Liban. Le couscous devient ainsi moins le sujet unique du festival que son langage commun : une recette capable de raconter des histoires familiales, des migrations et des héritages culinaires qui se croisent sur les différentes rives de la Méditerranée.
5 000 couscous au cœur de Marseille
Samedi 29 août, cette philosophie a pris une dimension particulièrement populaire à la place Bargemon. Au pied de l’Hôtel de Ville, 5 000 couscous ont été proposés gratuitement, répartis sur plusieurs services, transformant le cœur de Marseille en vaste table à ciel ouvert. La gratuité n’est pas anodine. Elle participe à la volonté affichée de rendre l’événement accessible au plus grand nombre et de faire du repas un moment de partage, au-delà des seules considérations gastronomiques. Pour le maire de Marseille, Benoît Payan, le succès de Kouss·Kouss raconte aussi quelque chose de l’identité marseillaise. Interrogé sur cette dimension méditerranéenne, le maire évoque d’abord la transmission : « Notre identité, elle est faite de gens qui sont arrivés avec leur propre histoire. » Évoquant ses propres arrière-grands-parents et les recettes transmises au sein de sa famille, il défend une identité méditerranéenne qui, selon lui, « n’est pas une identité de repli », mais au contraire « une identité qui rassemble ». Le maire assume également pleinement les influences qui ont façonné Marseille : « L’apport de tout ce que le Maghreb, l’Orient, l’Afrique, la Méditerranée ont apporté à Marseille, il ne faut pas le nier, il ne faut pas le renier, il faut en être fier », affirme-t-il.
« Notre identité méditerranéenne, ce n’est pas une identité de repli, ce n’est pas une identité qui exclut les autres, mais au contraire une identité qui rassemble. »
Quand le couscous devient aussi un sujet politique
Car derrière l’image festive, Kouss·Kouss n’échappe pas aux controverses. Certains de ses détracteurs lui reprochent une représentation jugée trop communautaire de Marseille, faisant du festival un objet qui dépasse désormais la seule gastronomie. Les critiques autour de l’événement n’échappent pas au maire de Marseille. Interrogé sur le sujet, Benoît Payan balaie la polémique avec ironie : « Je leur conseille de venir manger du couscous, ça leur fera du bien et ça les calmera. » Derrière la boutade apparaît pourtant un débat plus large : célébrer un héritage culturel particulier enferme-t-il une ville dans une identité ou permet-il, au contraire, de construire du commun ? Kouss·Kouss apporte sa réponse sur le terrain : faire circuler les recettes, multiplier les lieux, croiser les influences et réunir des publics différents autour d’une même table.
Marseille, une identité qui se cuisine au pluriel
Le succès de Kouss·Kouss tient peut-être finalement à cette évidence : à Marseille, la cuisine raconte une partie de l’histoire de la ville. Le couscous porte des héritages maghrébins et africains incontestables, mais il raconte également des décennies de transmission, de métissage culinaire et d’appropriation populaire. De la Friche la Belle de Mai à la place Bargemon, l’événement né en 2018 s’est progressivement transformé en rendez-vous majeur de l’été marseillais sans renoncer à son principe initial : utiliser la cuisine comme espace de rencontre.
À l’heure où les questions d’identité traversent et divisent régulièrement le débat public, Kouss·Kouss propose finalement une autre lecture de Marseille : celle d’une ville qui ne gomme pas ses différences, mais choisit de les mettre à table.
F.C
Kouss·Kouss 2026 | Les chiffres clés
9ᵉ édition du festival Kouss·Kouss
2018 : naissance du festival à Marseille
17 jours de programmation, du 21 août au 6 septembre 2026
Près de 200 lieux mobilisés à travers Marseille
5 000 couscous proposés gratuitement place Bargemon le 29 août
1 fil rouge en 2026 : « Herbes & Aromates »






