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Et si l’école disparaissait ?

Repenser l’éducation. Ou plus précisément repenser notre rapport à l’apprentissage en excluant la notion d’éducation qui induit un rapport de hiérarchie et de soumission. Telles sont les considérations menées par le Cercle de réflexion pour une « éducation » authentique CREA-Apprendre la vie. Et si nous imaginions une société sans école ?

Et si l’école disparaissait ?

« Dégraisser le mammouth », passer de la semaine de cinq jours à quatre jours puis à cinq. Les réformes de l’Éducation Nationale se suivent et se ressemblent. Mais les chiffres posent le verdict : 150 000 élèves sortent du système scolaire chaque année. Faut-il repenser l’école ? Le cercle de réflexion CREA-Apprendre la vie, créé en 2007, nous invite à changer de paradigmes pour envisager de dissocier l’acte d’apprendre de l’acte d’enseigner.

« Plus le maître enseigne, moins l’élève apprend »

La question n’est plus « comment mieux éduquer ? » mais « pourquoi éduquer ? » Jean-Pierre Lepri, fondateur du CREA, ne mâche pas ses mots. Cet ancien professeur et inspecteur de l’Education Nationale, connaît bien le système scolaire : « Éduquer vient du latin educere, conduire. L’enseignant est littéralement un conducteur, il conduit quelqu’un, il y a un rapport de dominant-soumis. On évoque souvent l’échec à l’école mais réussir à l’école, qu’est-ce que cela implique ? C’est se conformer à quelqu’un qui décide ce qui est bien pour moi, ce que je dois faire, etc. C’est un dressage complet ».

Chaque année 150 000 élèves sortent du système scolaire

Sans chercher à pointer du doigt d’éventuels « coupables », le cercle pour une éducation authentique entend mener des réflexions non pas pour envisager une « énième éducation alternative » (comme les écoles Freinet, Montessori ou Steiner qui ont essaimé en France) mais une alternative à l’éducation.
« L’école est vouée à disparaître. Elle est née au moment de l’industrialisation lorsqu’on avait besoin d’une main d’œuvre « éduquée » à la ponctualité et à la docilité. Il faut 300 heures pour apprendre à lire, écrire et compter, il ne faut pas douze ans. A l’école, on apprend davantage un certain comportement nécessaire à un modèle de société précis. On y apprend l’espace contraint (tous dans la même classe), le temps contraint (horaires stricts) et la pensée contrainte puisque l’élève ne choisit pas les sujets sur lesquels il va réfléchir. L’école existe depuis 100 ans, c’est-à-dire presque rien sur l’échelle de l’humanité. On a passé des millénaires sans école et sans éducation de masse », note Jean-Pierre Lepri.
Apprendre est inné, comme le fait de respirer

Comment imaginer cette alternative à l’éducation ? En faisant le pari de l’autonomie profonde des êtres et de leur inclination naturelle pour l’apprentissage.
Et concrètement ? La réflexion est ouverte. Tout reste à imaginer. L’apprentissage individuel est peut-être une solution. « L’élève choisit son maître sur une durée choisie, au moment choisi par lui seul ». Cela pourrait également passer par la valorisation des lieux de savoirs (médiathèques, internet) et des Réseaux d’Échanges Réciproques de Savoirs (RERS).

Le cercle de réflexion pour une « éducation » authentique se place dans la droite lignée du philosophe autrichien Ivan Illich qui incitait, dès 1971, à « déscolariser l’école » en arrêtant d’offrir le monopole de la diffusion des savoirs à l’institution. Il prônait la mise en place d’organismes dont le seul but serait de mettre en relation les individus pour que « ceux qui désirent partager leurs connaissances puissent rencontrer toute autre personne qui souhaite les acquérir ».

L’école en France va mal, dit-on. Reste à savoir si la société sans école est une douce utopie ou une nécessité visionnaire.

Pour aller plus loin :
www.education-authentique.org
Jean-Pierre Lepri, La fin de l’éducation ? Commencements, aux éditions l’Instant Présent
Ivan Illich, Une société sans école, Poche

E.O

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