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L’impro, arme de réconciliation massive ?

 

A l’heure des nouveaux rythmes scolaires, au moment où l’on ouvre des créneaux entiers pour des activités périscolaires, Jamel Debbouze utilise à nouveau sa notoriété à bon escient, pour proposer que tout collégien puisse se voir proposer un épanouissement via l’improvisation théâtrale. Et si ça marchait ?

L’impro, arme de réconciliation massive ?

Jamel, ce rigolo sensé

Jamel Debbouze est un humoriste qui a la mémoire de ses origines, de son enfance, la main dans la poche mais le cœur sur la main. Il y a quelques années déjà, il laissait plusieurs trublions utiliser sa renommée pour s’en faire une via le « Jamel Comedy Club » qui a vu émerger quelques humoristes de talent.
Aujourd’hui, il porte un projet lié à l’éducation de nos marmots, avec Mélissa Theuriau (productrice d’un documentaire qui défend cette idée), Alain Degois (créateur de la compagnie Déclic Théâtre à Trappes qui l’a vu « naître » en tant que comédien) et Marc Ladreit de Lacharrière (homme d’affaires et financeur investi de la Fondation « Culture et Diversité »).
Jamel Debbouze le confie dans le documentaire « Liberté, égalité, improvisez ! » (réalisé par Allan Rothschild et Edouard Bergeon) : l’improvisation a changé sa vie.

Faire entrer l’impro dans tous les collèges de France

L’idée portée par Jamel et son équipe est que, si ça a marché pour lui, ça peut marcher pour d’autres. Ainsi, ils préconisent de proposer à tous les collégiens de France de pouvoir s’adonner à l’improvisation théâtrale, dans le cadre des NAP (Nouvelles Activités Périscolaires). Pour prouver le bien-fondé de cette initiative, l’équipe a, d’une part, fait appel à la fondation de Marc Ladreit de Lacharrière pour tester le dispositif dans plusieurs collèges de France et en a fait un documentaire -témoin diffusé récemment sur Canal +, d’autre part.
En outre, il se base sur l’expérience réussie de celui que l’on nomme « Papy » (Alain Degois) qui expérimente l’impro à l’école dès 1989 dans le collège Gustave Courbet de Trappes, avec pour première réussite visible : Jamel Debbouze.

L’impro c’est quoi ?

Si l’on peut voir dans la Comedia Del Arte les origines de l’improvisation au théâtre, la forme qu’elle a actuellement, nous la devons à deux québécois émérites. A la fin des années 70, Robert Gravel et Yvon Leduc constatent que le théâtre québécois ronronne un peu et (s’)endort… Ils décident donc de créer un spectacle de théâtre en calquant le décorum de ce qui fonctionne déjà très fort dans leur pays : le hockey. Le match d’improvisation est né. Deux équipes de six comédiens (avec une parité hommes / femmes respectée), un coach de chaque côté, un arbitre (personnage patibulaire) et ses deux assesseurs, un musicien jouant en live et mettant le feu, se retrouvent autour d’une patinoire en bois et bien évidemment sans glace. S’en suit une véritable joute où le public attribue des points tout au long des trois périodes de trente minutes.
L’improvisation a ensuite été déclinée dans de nombreux autres concepts, mais le match reste la référence. L’idée reste la même : écrire (et jouer) en direct une histoire d’après un thème donné.

« j’ai lu tout Molière parce que j’ai fait de l’impro » Jamel Debbouze

Accessible à tous

Pas besoin d’être lettré, d’avoir lu tous les tragédiens français et étrangers. On peut improviser à partir de ce que l’on est et de son univers. C’est même la richesse de l’improvisation : chacun vient avec ce qu’il est et la rencontre de tout cela fait la création. On peut donc commencer sans aucun bagage, sans école ni formation et se lancer. Mais mieux que ça, à partir du moment où l’on est mordu par l’impro et que l’on veut aller plus loin, on est souvent amené à devoir travailler les auteurs. De fait, les enfants qui étaient pour certains allergiques aux livres, prennent goût à la lecture. Car dans les catégories officielles du match d’improvisation il y a des auteurs, et les comédiens sont amenés à créer des histoires à la manière de Shakespeare, Molière, Tchekhov… etc…Dans le documentaire, Jamel déclare : « j’ai lu tout Molière parce que j’ai fait de l’impro » .

L’impro c’est la rencontre

Pas facile d’être fier de soi, de s’aimer quand on vit dans une banlieue de France où tout vous écrase, où l’on vous renvoie une image noire, où, parfois, aucun avenir ne semble possible.
Grace à l’impro, certains enfants peuvent retrouver la fierté d’exister, de faire, de construire. Jamel Debouzze confie avoir trouvé la considération et la confiance du public qui ne l’a plus quitté.
Dans le documentaire, Adi raconte comment il a démarré le théâtre en 6ème, « en cachette ». D’habitude il est timide mais pas sur scène. Aujourd’hui, tout le monde est fier de lui et notamment sa maman qui le voit pour la première fois sur les planches.
C’est aussi l’avis de la maman de Samira lors d’une scène très touchante où elle regarde avec fierté sa fille briller sur scène avec un simple chandail de hockey.
Une des valeur de l’improvisation largement mise en avant dans le documentaire, c’est le fait que l’on ne peut pas improviser seul, que les gamins sont obligés de se tourner vers l’autre, de le prendre en compte, de l’écouter, de le rencontrer. La construction se fait forcément à plusieurs et la notion de solidarité est fondamentale pour que l’histoire s’écrive dans de bonnes conditions. On construit ensemble.

Quelle chance pour l’impro d’entrer à l’école ?

Dans le documentaire, on voit le président François Hollande en personne se rendre à une rencontre d’improvisation, soutien ostensible à la cause. On l’entend promettre que son équipe fera en sorte que l’impro fasse effectivement, elle aussi, sa rentrée, convaincu de son effet bénéfique. Benoît Hamon parle même d’une entrée dès le primaire. L’histoire semble donc bien engagée.Même si, bien sûr, cela ne fonctionnera pas pour tous, l’impro semble, pour certains, donner un sens à l’école, permet de mieux vivre ensemble, de libérer son corps, de s’accepter et d’accepter l’autre comme il est, mais aussi (et surtout) de se respecter. Et puis l’impro c’est un peu comme le football à la récré : on peut en faire partout, sans rien, puisque les comédiens en herbe sont à la fois auteurs, interprètes, décorateurs, costumiers, metteurs en scène… Pourvu qu’ils le deviennent aussi de leur propre vie ! On a envie d’y croire…
Trois questions à Alain Degois dit « papy »

Echos d’orient : Suite à la diffusion du documentaire « liberté,égalité,improvisez » diffusé sur canal plus, quelles sont les avancées du projet ?

Alain : Jamel a son portable qui chauffe m’a-t-il dit ! Pour le moment il est trop tôt pour évaluer l’impact, mais nous restons motivés et mobilisés. C’est la rentrée scolaire, le ministère de l’éducation est très occupé et l’actualité politique est elle aussi chargée. On vient aussi de changer de gouvernement donc il nous faut retravailler les contacts. On y verra sûrement plus clair dans les deux mois qui viennent.

Comment imaginez-vous la concrétisation de votre projet ?

Jamel et moi espérons le développement de l’impro dans toute la France, peut-être à travers des compétitions régionales puis nationales. Il faudra une structure pour porter tout ça et un financement… Peut-être mieux répartir l’argent de la culture et favoriser un peu plus cette culture populaire qu’est le match d’impro.

Si vous vouliez souligner ou ajouter une valeur de l’impro dont le documentaire ne parle pas ou peu, ça serai laquelle ?

La mixité. Aussi bien sociale que la mixité hommes et femmes. Au niveau social c’est exemplaire. J’ai vu des gosses de Trappes rencontrer ceux de Versailles et ça fonctionne ! Cela permet de souligner le patrimoine culturel commun. Une émotion par exemple, elle est ressentie de la même manière partout quelques soient les origines. L’impro permet la rencontre entre les jeunes en se basant sur leur humanité, c’est une discipline qui n’est pas clivante.

G.A

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