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Syrie

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Mis en lumière par le reportage « Dance or die », Ahmad Joudeh fait de la danse la plus belle des réponses face à l’horreur des actes de l’État islamique (EI).

 
Apatride, mais tantôt aux Pays-Bas, tantôt en Syrie puis en France, Ahmad Joudeh est solaire. Réfugié palestinien, élevé dans le camp de Yarmouk, l’homme possède un optimisme à toute épreuve, une fureur de vivre qu’il partage au moyen de ses mouvements emplis de grâce.
Comme investi d’une mission, le danseur fait passer son art avant toute autre chose, au péril de sa vie, dès le plus jeune âge. Sous les coups de son père, il ne plie pas et s’enfuit de son foyer à plusieurs reprises pour rejoindre les cours de danse qu’il affectionne tant. Lorsque, plus tard, des membres de l’Etat Islamique le menacent, il résiste encore. Comme l’on respire pour vivre, celui que l’on surnomme le « Billy Elliot syrien » fait de la danse son oxygène.

Avec chaque mouvement en exutoire, les souffrances endurées ne font qu’alimenter son art. « Je pense qu’au lieu de s’infliger des supplices, l’homme devrait utiliser l’art pour évacuer sa violence. C’est ce que je veux enseigner aux jeunes syriens à qui j’apprends à danser », explique Ahmad Joudeh, « ils sont l’avenir du pays, il faut leur enseigner la lutte par l’art, non par les armes. »

Au-delà des mots, le danseur agit et ne perd pas contact avec ces enfants. « En dansant ensemble, on crée un lien, une famille. », soutient Ahmad. Ce mouvement, Ahmad Joudeh l’utilise également contre l’EI en 2016 lors de son escale artistique à Palmyre. Le danseur prend le risque de défier l’EI au moyen de l’art et rend ses lettres de noblesse au théâtre. « Pendant la guerre, l’Etat Islamique a tué des innocents dans ce théâtre. J’ai voulu rétablir l’ordre des choses : ce théâtre est un lieu pour l’art, non pour le meurtre. », explique Ahmad Joudeh. « L’Etat Islamique ne possède ni culture ni amour, j’ai voulu les attaquer avec ce qu’ils n’ont pas. », insiste-t-il, le sarcasme dans la voix, « j’ai voulu montrer que nous n’avons pas peur de ces personnes-là. », soutient celui qui a rythmé ses pas au son des tirs.

« La danse est un moyen de m’exprimer au nom de ceux qui ne peuvent plus le faire », confie-t-il. Ahmad Joudeh use également de cet exutoire pour pallier le manque maternel, omniprésent depuis son départ de Syrie. « Mon seul souhait pour l’avenir, c’est de revoir ma mère, restée là-bas », soupire l’homme. Une mère qui a su accompagner son fils jusqu’à Palmyre, malgré les risques. Ahmad se souvient, le rire dans la voix : « Quand je lui ai parlé du projet, elle m’a dit : ‘Hors de question que je te laisse tout seul avec ces gens-là!’ » En attendant de la retrouver, Ahmad, lui, danse pour la paix.

V.L

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