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Montessori, Steiner, Freinet, apprentissage à domicile… Nombreux sont les parents qui ne font plus confiance à l’école publique et choisissent un autre mode d’instruction pour leurs enfants. Des approches basées sur la créativité, l’autonomie et les envies de l’élève, loin du cadre rigide de l’école républicaine. Quels sont les secrets de ces écoles réputées et couteuses?

 

Selon le ministère de l’Éducation, on compte 605 primaires et 563 collèges et lycées libres, scolarisant plus de 61 500 élèves, en dehors du contrôle de l’Éducation nationale. Au regard des 12 millions d’élèves en France le chiffre peut sembler anecdotique, mais il ne cesse de s’accroître. Une centaine de nouveaux établissements alternatifs ont ouvert dans l’hexagone à la rentrée 2017.

De nombreux griefs contre l’école traditionnelle

Rythmes scolaires inadaptés, programme surchargé, système de notation anxiogène, violence et harcèlement, ennui, enseignants débordés… Autant de maux qui gangrènent l’école publique. Dans les milieux populaires, les inégalités se creusent, l’ennui et la violence rongent le quotidien des élèves. Une enquête publiée par l’association de la fondation étudiante pour la ville en 2010 révèle que trois quarts des élèves n’aiment pas aller à l’école, et plus de la moitié a été victime de violence dans l’enceinte de son établissement scolaire. Dans les milieux favorisés, c’est la crainte de l’échec qui provoque un stress important et conduit certains enfants à adopter des comportements à risque (anorexie, boulimie, burn-out…).

Plus largement, la rigidité du mode d’enseignement traditionnel français crée de nombreuses frustrations chez une partie des élèves qui ne parviennent pas à s’y adapter. Programme figé, journées à rallonges passées assis à une place définie, absence d’autonomie… On observe néanmoins que nombreux sont ceux qui parviennent tant bien que mal à se fondre dans le moule qui leur est fourni par l’éducation nationale.

Face à ce constat, les écoles alternatives sont apparues aux yeux de certains parents comme une chance d’épanouissement pour leurs enfants. Si jusqu’à présent ils se tournaient plutôt vers le privé qui offre une discipline stricte et des ambitions élevées, ils s’ouvrent désormais à de nouvelles méthodes pédagogiques qui prennent en compte l’enfant en tant qu’individu propre. « Pour moi, la grande différence, c’est que dans une classe il y a 20 élèves et donc 20 méthodes différentes alors qu’à l’école traditionnelle il y a 20 élèves et une seule méthode à laquelle ils s’adaptent ou ils se confrontent à l’échec et se dévalorisent. », témoigne Clémence qui a inscrit sa fille de 6 ans dans une école Montessori.

Une enquête révèle que trois quarts des élèves n’aiment pas aller à l’école

La pédagogie Montessori, vers l’autonomie de l’enfant

La pédagogie Montessori est une méthode d’éducation créée en 1907 par Maria Montessori. La pédagogue étudie pendant de nombreuses années les enfants de milieux sociaux et culturels très défavorisés et en difficulté d’apprentissage puis en tire une méthode dédiée à l’ensemble des enfants. Ces écoles hors contrat (non subventionnées par l’État) basent leur philosophie d’enseignement sur l’autonomie des enfants et le respect du rythme d’apprentissage propre à chacun.

Selon Maria Montessori, l’enfant traverse différentes « périodes sensibles » durant lesquelles il est réceptif à un domaine particulier. Du matériel adapté est donc mis à disposition des élèves selon leur tranche d’âge. Chaque matériel est pensé de façon à développer certaines connaissances fondamentales de manière durable. Dans la pratique, le professeur présente chaque nouvelle activité à l’enfant avant de le laisser faire par lui même en évitant d’intervenir.

D’autre part, l’évaluation chiffrée ou le classement des enfants est prohibé dans les établissements montessoriens. L’enfant est poussé à repérer lui même ses erreurs et à les corriger plutôt que d’être réprimandé par une note abstraite. « Je ne garde que de bons souvenirs de l’école. J’y ai développé de nombreux atouts qui me servent encore aujourd’hui dans le cadre de mon cursus universitaire. J’ai appris à travailler pour moi et non pour une note. », témoigne Hélène sur le site de son ancienne école Montessori à Maurepas.

La pédagogie Freinet

L’instituteur français Célestin Freinet (1896-1966) est à l’origine une pédagogie fondée sur la coopération entre les élèves, la libre expression et les apprentissages concrets. C’est dans les années 50 que la méthode connaît le succès et s’exporte à l’internationale. Dans une école Freinet, ce sont les élèves qui se corrigent entre eux, qui modèrent les débats et s’entraident les uns les autres dans une dynamique solidaire. Une liberté qui s’appuie tout de même sur des règles strictes qui permettent de mettre en place des rituels servant de repères aux enfants. Un journal scolaire tenu par les élèves et des correspondances inter écoles sont également la marque de fabrique de la pédagogie Freinet.

La méthode Steiner et ses controverses

Au sein des écoles Steiner, c’est le développement citoyen qui est encouragé via l’apprentissage de deux langues dès le CP et la pratique de disciplines artistiques. Le programme de l’enseignement national est complètement revisité pour intégrer des cours de jardinage, théâtre, couture, menuiserie… « Mes deux enfants ont été scolarisés dans une école Steiner et leurs expériences sont diamétralement opposées. Ma fille a adoré instantanément alors que mon fils l’a très mal vécu, il s’ennuyait intellectuellement au point que nous l’avons finalement mis dans le public au CP et c’est là qu’il s’est épanoui. », confie Soraya.

La liberté des élèves est garantie par des professeurs qui s’adaptent à leurs demandes et aux difficultés de chacun, un luxe que ne peuvent se permettre les professeurs du public face à des classes surchargées et des programmes millimétrés.

Pourtant cette pédagogie fait régulièrement l’objet de polémiques. Ces établissements scolaires s’inspirant de la Société anthroposophique fondée par le théoricien Rudolf Steiner (1861-1925) proposent aux enfants d’approcher le « monde physique », mais également le « monde spirituel et divin ». Une philosophie qui leur vaut d’être qualifiés de secte par certains observateurs. En 2010, une inspection des écoles Steiner effectuée par l’éducation nationale avait relevé de nombreux dysfonctionnements : normes de sécurité non respectées, enfants non vaccinés, inégalité de traitement entre les enfants… L’absence d’endoctrinement avéré et d’extorsion de fonds ne permet toutefois pas de classer l’anthroposophie parmi les mouvements sectaires.

Si la demande se fait de plus en plus forte, le coût de ces écoles alternatives (entre 250 et 500 euros par mois en moyenne) en fait des pédagogies réservées à une élite. Certains élèves rencontrent par ailleurs des difficultés à s’adapter au système scolaire « normal » au lycée ou lors de leurs études supérieures.

L.C

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