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Lisette Narducci, seule contre tous ?

Lisette Narducci, seule contre tous ?

Mère de 3 enfants, Lisette Narducci s’est tout d’abord investie dans la vie scolaire de son quartier, le 2ème arrondissement, il y a près de trente ans. Un parcours associatif qui lui a ouvert des portes en politique dès 1995. Aujourd’hui, Mme Narducci brigue un troisième mandat à la tête de la mairie de 2ème secteur sous la bannière du Parti Radical de Gauche. Elle revient pour nous sur son itinéraire militant et sur les aléas de la politique locale. Et elle n’a pas sa langue dans sa poche…

Élue maire du 2ème secteur en 2001 et en 2008, nommée vice-présidente du Conseil général en 2004, vous imaginiez-vous réaliser un tel parcours lorsque vous avez commencé à vous engager, il y a plus de trente ans ?

Je n’ai jamais planifié de carrière politique. J’ai adhéré au Parti Socialiste au début des années 80. Parallèlement je me suis engagée dans le monde associatif particulièrement dans l’éducatif lorsque mon premier enfant est entré à l’école. J’ai alors pris la présidence de l’association de parents d’élèves. Durant 15 ans, j’ai élargi mes implications associatives via, notamment, le Comité d’Intérêts de Quartier (CIQ) du Panier.
C’est une période de ma vie que j’ai adorée. Puis, en 1995, Jean-Noël Guérini, que je connaissais bien pour l’avoir souvent sollicité pour nos activités de quartier, m’a proposé de travailler avec lui. De même sensibilité politique, j’y ai naturellement répondu favorablement. Le reste a suivi.

Quelles sont vos convictions politiques profondes c’est-à-dire celles qui n’ont jamais changé en trente ans de politique ?

J’ai toujours eu une sensibilité de Gauche, socialiste. J’ai toujours eu également un faible pour les problématiques touchant aux jeunes et aux plus anciens.

Quelles sont celles qui ont évolué avec l’expérience ?

Je ne remets pas en question les valeurs de Gauche auxquelles je suis attachée mais les hommes et les femmes qui dirigent. Je trouve que les gouvernants locaux et certains nationaux ne sont plus ce qu’ont été à l’époque les politiques représentant le Parti Socialiste. Ce n’est plus du tout le même esprit. Il n’y a plus les mêmes investissements, les mêmes convictions, les mêmes intérêts.

La candidature de mon concurrent socialiste, Eugène Caselli est assez parlante de ce point de vue. En août 2013, il faisait une conférence de presse pour annoncer qu’il se présentait dans les 13ème et 14ème arrondissements mais les élus n’en ont pas voulu. Il a essayé de se présenter dans le 9/10. Cette fois, ce sont les militants qui ont protesté. M. Mennucci lui a finalement imposé de venir sur le 2/3. Et soudainement M. Caselli s’est souvenu qu’il était effectivement né au Panier…

« Aujourd’hui, à Marseille, on se partage des sièges, on se partage un gâteau… »

Justement vous avez claqué la porte du Parti en 2012 et vous vous êtes tournée vers le Parti Radical de Gauche. Pourquoi ? Qu’est- ce qui vous a séduit ?

L’état d’esprit du RPG est différent. J’ai une liberté de parole, je dis ce que je pense. Il me permet d’être complètement une femme de Gauche. Et quand je pense aux figures historiques des radicaux comme Jean Moulin, nous faisons aujourd’hui également de la Résistance…

Pourtant, M. Mennucci a récemment déclaré que les listes du Parti Radical de Gauche « étaient des listes Guérinistes faites pour affaiblir la gauche et favoriser M. Gaudin ». Que répondez-vous aux Marseillais qui sont susceptibles de penser cela ?

M. Guérini est un ami. Certes, il m’a mis le pied à l’étrier en politique en 1995. Mais aujourd’hui, il ne soutient pas une liste ni un Parti, il me soutient à titre tout à fait individuel.

Lorsque M. Mennucci m’attaque sur ce point, nous sommes en pleine démagogie. Il n’est que dans le dénigrement. Nous, c’est-à-dire le PRG, avons attendu la fin des primaires Socialistes pour que l’alliance naturelle qui existe entre PS et Radicaux de Gauche au niveau national se mette en œuvre ici. Mais M. Mennucci n’a pas voulu d’alliance puisqu’il ne nous a jamais sollicité. De ce fait, nous avons décidé de nous présenter sur une liste autonome. Parce que le PS, via M. Mennucci, n’a pas voulu s’allier !

Comment expliquez-vous que les critiques soient aussi violentes à votre égard ?

Je dérange peut-être… Mais cela me renforce. D’ailleurs j’ai été entendue par les gendarmes. [Dans l’enquête sur des marchés publics présumés frauduleux, Mme Narducci a été entendue sur la question de financement de la maison de retraite « La résidence Joliette », ndlr] Quelle coïncidence à 20 jours d’une élection importante …
Mais je n’ai pas peur de dire que je suis fière d’avoir pu accompagner des projets comme la création de maisons de retraites sur le 2ème secteur ! Je suis fière d’avoir permis la création de six écoles depuis mes deux mandats. J’ai joué mon rôle de maire, celui de défendre la nécessité de développer des équipements publics dans nos quartiers.

Je sais ce que j’ai accompli, je suis une femme de terrain qui vit depuis 37 ans dans le 2ème secteur. L’année dernière, j’ai organisé pas moins de 29 réunions publiques dont réunions d’informations, de concertations ou de CIQ. Donc j’ai la prétention de dire que, contrairement à mes concurrents, ces quartiers, je les connais !

Justement, vous connaissez bien les enjeux locaux, que manque-t-il à Marseille pour sortir des clichés (violence, clientélisme, corruption, chômage) qu’on lui attribue habituellement ?

Simplement une bonne gestion. Beaucoup de problèmes à Marseille sont des problèmes de gestion : nous avons 20 ans de retard en matière de politique de transports par exemple !

Quel regard portez-vous sur le 3ème arrondissement qui est votre secteur et qui est considéré comme le plus pauvre de la ville ?

Nous partons de très loin. Quand je suis arrivée à la tête de la mairie [en 2001, Mme Narducci accède à la fonction de maire du 2ème secteur, ndlr] il y avait beaucoup de friches et peu d’équipements. Et il faut bien avouer que la Droite ne nous a pas aidé pendant toutes ces années. Mais je suis très optimiste, je sais que ce 3ème arrondissement est en train de se relever. Nous recevons des investissements privés, c’est significatif et bon signe. De même, le développement de Marseille passera presque obligatoirement de coté-là de la ville. La cité phocéenne ne peut plus se développer du coté des quartiers Sud, il n’y a plus les moyens fonciers pour cela. Le développement est inéluctable. Et aujourd’hui en effet, il y a des projets et une rénovation extraordinaires.

Mais profitent-ils vraiment aux habitants de ce quartier ?

Cela profitera puisque nous avons des projets de démolition de parcs locatifs insalubres pour en faire des logements sociaux. Le pari que nous voulons relever, mon équipe et moi, est celui de la mixité sociale. S’il commence à y en avoir dans nos quartiers, nous aurons réussi notre investissement en politique.
Mais il est hors de question de placer le 3ème en « Zone Socialement Prioritaire » comme le propose M. Caselli [incitation fiscale et exonération de charges patronales dans « les territoires en difficulté », ndlr]. Il ne manque plus qu’à mettre des fils de barbelé autour de notre arrondissement ! Ce n’est pas ce label qui nous aidera.

Vous êtes actuellement vice-présidente du Conseil général. En mars 2015, doit-on vous souhaiter d’en être nominée présidente ?

Je n’ai pas cette ambition. Je ne veux pas le siège de Jean-Noël Guérini. Je ne me bats pas pour cela. D’autres le font. A force de trop manger, on finit par éclater…

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