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Toutes les nuisances sonores sont sanctionnées de nuit comme de jour.

 

Vous n’en pouvez plus des bruits excessifs qu’émet votre voisin. Entre les cris, la musique, les conversations animées, les portes qui claquent, les aboiements de chien, vous ne savez plus où donner de la tête. Sachez alors que plusieurs solutions sont envisageables pour retrouver le calme dans votre chez-soi.

•    Faites intervenir un tiers

Si après une discussion, votre voisin continue à faire du bruit, vous pouvez faire appel à un tiers pour résoudre ce problème. Si les deux parties (c’est-à-dire vous et votre voisin) sont locataires, le premier réflexe est de faire appel au propriétaire. Faites-lui un topo sur la situation. Face à cela, le bailleur pourra demander au voisin bruyant de prendre les mesures nécessaires pour tapage. Dans le cas où une clause d’usage paisible des lieux serait inscrite dans le contrat de bail, le propriétaire peut rompre le contrat. Si vous ne constatez aucun changement vis-à-vis de la situation, pensez à une alternative plus efficace : l’intervention du conciliateur. Avant de passer par des poursuites judiciaires ou autres démarches radicales, vous pouvez encore recourir à la médiation. L’objectif ici est de trouver une solution amiable avec votre voisin. Il est à noter que pour saisir un conciliateur, vous devez obtenir ses coordonnées au sein de votre mairie ou le tribunal d’instance le plus proche.

•    Tapage nocturne : que dit la loi?

1.    Les bruits sanctionnés
Bruits de voisinage domestique, nuisances provenant des animaux, outils de bricolage, appareils de musique, télévisions, bruits liés aux comportements.

2.    Limite fatidique : 22 heures?
La limite des 22 heures n’est qu’un mythe. Toutes les nuisances sonores sont sanctionnées de nuit comme de jour.

•    Faites intervenir la police

Cette alternative est beaucoup moins conciliante que les autres. Mais dans certains cas, la meilleure solution est d’appeler la police ou la gendarmerie pour que ces derniers interviennent pour faire cesser les nuisances sonores émises par votre voisin. Selon la loi en vigueur depuis 2012, le voisin s’expose à une amende de forfaitaire en cas de verbalisation de la part des forces de l’ordre. L’agent qui intervient sur les lieux lui remettra en main propre une carte lettre de cette amende. Si l’amende est payée immédiatement ou dans les trois jours qui suivent, elle diminuera à 45 euros. Par contre, au-delà de 30 jours de non-paiement, cette dernière sera majorée à 180 euros. Et si les forces de l’ordre ne se déplacent pas rapidement après votre appel, vous avez également la possibilité de vous rendre directement auprès du commissariat ou de la gendarmerie la plus proche de chez vous pour déposer une main courante. Une autre solution consiste aussi à porter plainte pour tapage.

Avant cela, essayez toujours de trouver un arrangement à l’amiable. De plus, assurez-vous aussi que vous êtes un bon voisin avant de pointer du doigt les autres.

Plus d’infos : http://www.bruit.fr/.

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Le jeu s’est inversé. en ce week-end de janvier 2015, la règle n’était pas de chercher Charlie mais plutôt de tenter de repérer dans cette foule immense, ceux qui ne l’étaient pas.

Cette fois, police et organisateurs s’accordaient pour compter les millions de Charlie(s) qui défilèrent dans les rues, hommage silencieux et historique. Des millions de photos de profil Facebook reprenant le « logo » « Je suis Charlie » au hashtag du même nom sur twitter, des millions de pancartes aux bougies dont les flammes ont fini par vaciller et s’éteindre…? Pas tout à fait. Allez chiche, on va y croire encore à cette union nationale, à cette France dont les cœurs battent à l’unisson. Après les attentats les plus meurtriers que la France n’aient jamais connus, l’Hexagone est en chantier, la République se regarde enfin dans le blanc des yeux bleus, noirs, verts, marrons…

Pédale douce sur la stigmatisation médiatique

Comme à chaque gros événement qui secoue l’actualité, il est intéressant d’observer le traitement de l’information par les médias de masse. Les chaînes d’infos en continue, souvent plus soucieuses de la fluidité de l’information que de sa pertinence, ont souvent dérapé et amalgamé. Il faut cependant reconnaître que de nombreux médias, des observateurs et même certains présentateurs de journaux ont fait l’effort de dissocier l’Islam de ces prétendus défenseurs auto-proclamés du prophète. Certes, il ne devrait pas être besoin de rappeler la différence mais les tentations d’amalgame sont encore légion et la vigilance reste de mise…

Souvenez-vous de cette voiture qui fonça sur la foule en décembre à Nantes et dont tous les journaux s’accordaient pour répétaient qu’on avait clairement entendu « Allahou Akbar » au moment de « l’attaque ». L’information s’est répandue comme une traînée de poudre jusqu’à ce que quelques jours plus tard, un témoin de l’histoire révélera que c’est lui qui implora Dieu de l’aider à ce moment précis et en aucun cas le chauffeur de la voiture incriminée. Ce « démenti » aura bien moins d’échos dans les médias.

Se désolidariser de ceux qui veulent qu’on se désolidarise

Allez chiche, on reste Charlie, on reste uni, oui mais… Dans ce cas, pourquoi demander aux musulmans de France de se désolidariser des actes terroristes ? N’est-ce pas insultant de pouvoir penser que, a priori, les musulmans seraient solidaires des terroristes et que donc ils doivent ostensiblement marquer leur différence comme si celle-ci n’était pas évidente et au nom d’une pseudo éducation des masses sûrement trop bête pour comprendre.

Qu’est-ce qui fait que les braises s’enflamment ? Qui jette de l’huile sur le feu des guerres de religion ? Certains médias, quelques penseurs… Prenons l’exemple de l’épineux et délicat sujet du conflit israélo-palestinien. On nous fait croire depuis des années qu’il s’agit d’un conflit religieux. FAUX. Il s’agit d’un conflit de territoires, d’un Etat qui en colonise un autre au nez et à la barbe des résolutions internationales. Et parce que l’on mélange tout, on en arrive à des extrêmes incontrôlables, à des représailles dans des supermarchés juifs, à des rengaines antisémites. Parmi ceux qui continuent à noyer un poisson déjà moribond, ceux qu’on appelle des « polémistes », ne sachant plus comment les nommer autrement.

Du sens, donnez-nous du sens…

Bien-sûr, on a envie d’y croire, que maintenant on peut repartir sur des bonnes bases, que les politiques ont compris l’émotion du peuple et qu’ils ne vont pas tenter de la récupérer… Que penser alors de ce défilé de dirigeants autour de notre Président de la République ? Des chefs d’Etats qui piétinent parfois la liberté d’expression dans leur propre pays, venus parader en France pour refuser qu’on la bafoue chez nous… Faut-il voir un espoir dans cette image du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou marchant à côté du président palestinien Mahmoud Abbas ? Là aussi on a envie d’y croire. Que les plus hauts dirigeants de la planète, ceux qui décident de son sort et du nôtre, s’arrêtent quelques secondes pour faire le même constat que nous tous : on a tiré à la Kalachnikov sur des gens qui faisaient des dessins…

Et ces mêmes dirigeants politiques prompts à réagir à l’actualité et aux drames pour s’immiscer dans l’émotion collective auraient pu, auraient dû, se ruer au devant de la mosquée taguée d’insultes pour protester contre ça aussi… Le sens, le symbole aurait été fort. On a envie de croire que la prochaine fois, ils le feront.

Etait-il vraiment indispensable de convoquer au commissariat un enfant de huit ans pour apologie du terrorisme ?

C’est à l’école que l’enjeu est sans doute le plus important, mais l’école existe pour éduquer pas pour faire de la répression. Certaines réactions dans le milieu scolaire ont été disproportionnées. On a voulu imposé des points de vues à certains qui ne le partageaient pas. Oui, on a le droit de ne pas s’afficher « je suis Charlie », ne serait-ce parce qu’on n’est pas en accord avec la ligne éditoriale de ce journal. Oui, on a le droit de ne pas trouver juste qu’on caricature le Prophète. Tout cela peut être dit et reconnu, et entendre cette parole est essentiel. Là où l’école doit rappeler les règles si elles ne sont pas acquises, c’est sur la manière dont on témoigne son désaccord.

Responsabilité partagée

Un élève de collège me contait récemment comment il avait entendu un employé de mairie faisant traverser les enfants au passage piéton devant son école, affirmer, suite aux attentats de janvier, qu’il fallait « renvoyer tous ces Arabes chez eux ». Au-delà de l’ineptie et de la bêtise de cette diatribe haineuse, c’est l’exemple frappant d’idées qui circulent jusque dans les oreilles de nos collégiens et qui peuvent être répétées sans pour autant qu’ils adhèrent ni comprennent le sens.

Voilà pourquoi nous sommes tous responsables. Du citoyen au dirigeant. Par notre regard, par notre manière ou non de stigmatiser, par l’éducation que nous donnons, par le refus pacifique de ce qui nous est imposé, par le débat constructif, par l’ouverture d’esprit dont nous faisons preuve, par la tolérance et l’acceptation de la différence, par l’intelligence qui est la notre en tant qu’être humain, par le fait que nous soyons concernés par le sort de l’autre, par notre soucis de vivre en paix et ensemble, guidé par un Dieu, une étoile, une foi en l’homme, ou rien d’autre que sa propre pensée, qu’importe, nous sommes tous responsables.

Alors oui, à l’évidence, pour beaucoup d’entre nous, cela demande un effort pour se défaire de ses a priori, de sa peur de l’autre. Oui, cela demande un effort d’ouverture pour essayer de connaître, d’apprendre et de comprendre l’autre. Cet effort nous devons le faire, c’est notre meilleur rempart contre l’obscurantisme : l’ouverture pour laisser passer la lumière. C’est notre responsabilité à tous, au quotidien, mais il est aussi du devoir de nos institutions, qu’elles soient politique, économique, médiatique, culturelle et surtout éducative de faciliter et d’entraîner cette connaissance. Maintenant que nous nous connaissons tous, que nous savons tous que l’autre s’appelle Charlie, nous savons que nous seront jamais les meilleurs amis de tout le monde, mais on peut au moins essayer de vivre avec.

G.A

C’est en substance le thème du stage des onze Libyens venus à Marseille du 16 au 21 février 2015. Les jeunes, invités par le Réseau Euromed France, ont visité dans le cadre du renforcement de la société civile libyenne, des centres sociaux, la plate-forme de services de Bougainville gérée par la Ligue de l’Enseignement des Bouches-du-Rhône ainsi que d’autres structures associatives. Par ailleurs, le but d’apporter un regard croisé sur la vie associative et le fonctionnement de la société civile en France et en Libye a été une autre motivation de la rencontre programmée sous le signe de l’échange.
Samira Al Massouadi est la chef de la délégation. Cette activiste a su créer le consensus au sein de ce groupe issu de groupes sociaux différents et aux référents politiques et idéologiques divers. Ils sont tous motivés par un seul objectif : l’unité de la Libye.
« Nous comptons sur la jeunesse du pays pour faire évoluer les mentalités en Libye et de permettre aux femmes de mieux connaître leurs droits. Paradoxalement, on parle de printemps arabes, mais aussi d’automne des femmes car, les révolutions ont souvent entraîné le recul des droits des femmes », explique Samira Al Massouadi, qui est d’ailleurs présidente d’une association de développement et de la promotion de la jeunesse et des femmes.

« Nous comptons sur la jeunesse du pays pour faire évoluer les mentalités… »

Pour sa part Huosam Eddeein Elbaroni du mouvement Bidaya du 17 février ajoute que la situation en Libye n’est pas aussi dramatique que ce que les médias véhiculent.
« Nous voulons présenter une autre image de la Libye : celle des jeunes, de la société civile qui bouge et qui cherche à améliorer les choses. (…) Vous savez, lorsque je suis arrivé ici, je pensais arriver dans un pays en guerre avec ses religions, car tel est le message véhiculé par les médias en Libye. Et j’ai eu la surprise de découvrir une société où les gens se respectent, quelles que soient leur origine ou leur religion. Et bien, partout dans le monde les humains aspirent à vivre en paix, et partout dans le monde, il existe une minorité de personnes qui est prête à tout pour le pouvoir ».
Et d’ajouter : « en Libye, l’éducation est un problème majeur ou plutôt cela l’est pour les catégories populaires car les couches aisées ont accès à une éducation de qualité, un état de fait qui résulte de l’ancien régime. Mais, malgré les difficultés, la jeunesse est consciente de son rôle, de sa capacité à faire changer les choses. Nous sommes dans une phase de transition, c’est dur, mais cela ne va pas durer. Et cela même si certains cherchent à s’accaparer le pouvoir, si des forces occultes sont à l’œuvre. »
En guise de réponse concernant la menace islamiste, Achraf Algriani explique : « Les armes se trouvent en abondance chez un nombre considérable de la population. Cela fausse les échanges et les débats. Certains groupes armés manipulent des jeunes ignorants pour faire pression sur ceux qui cherchent à bâtir la Libye de demain.

Parmi les acquis de la révolution réside un espace de liberté. Et nous cherchons maintenant à investir davantage cet espace et à travailler main dans la main pour le bien général des citoyens ».
Par ailleurs, un débat public qui a eu lieu à la Villa Méditerranée a été parmi les temps forts du stage. L’échange avec le public présent a permis, entre autres, d’évoquer ces idées reçues et ces images véhiculé par les médias sur ce qui se passe en Libye depuis la chute du régime de Kadhafi.

Abderrahim Bourkia

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Trois jours interminables. Les 7, 8, 9 janvier derniers, la France s’est mise à trembler. Dix-sept personnes trouvent alors la mort, victimes du fanatisme djihadiste des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly. Après la marche « historique » du 11 janvier, l’heure est aux questionnements, aux nuances mais aussi aux dérapages idéologiques. Les regards se braquent alors sur les musulmans de France. Et maintenant ?

Coup de massue. Les mots ne sont pas assez durs pour condamner les attentats de Charlie Hebdo et de l’hypermarché casher, porte de Vincennes à Paris. « C’est un acte de guerre » réagissait Philippe Val, ex-directeur de Charlie Hebdo sur les ondes de France Inter, le 7 janvier. « La France est touchée en son cœur », clame Manuel Valls tandis que pour Nicolas Sarkozy, « ces actes barbares doivent être poursuivis et châtiés avec la plus grande sévérité ». Les Unes de presse se parent d’un voile noir. Pendant que le slogan « Je suis Charlie » inonde les réseaux sociaux, les différents représentants du culte condamnent à l’unisson les événements. L’émotion est à son comble. Ces trois jours sanguinaires sont les plus meurtriers depuis l’explosion d’une bombe posée par l’OAS – (organisation politico-militaire clandestine en faveur de l’Algérie française, ndlr) – à Vitry-le-François, le 18 juin 1961. Il y a plus de quarante ans.

To be or not to be Charlie

Un mois après la catastrophe, « c’est le bordel dans la tête des gens » confie Léa, une jeune militante antiraciste qui habite boulevard Richard Lenoir… à 50 mètres des locaux de Charlie Hebdo. L’heure n’est plus à l’unanimisme solidaire, l’espace public bruit des interrogations d’une société tiraillée entre repli et soif de tolérance. Paradoxe : les discours de l’extrême droite rencontrent autant de succès que le Coran traduit par l’islamologue Malek Chebel ou l’Islam expliqué aux enfants et à leurs parents de l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun.

En 12 jours, 128 actes anti-musulmans ont été enregistrés

Si la classe politique appelle unanimement à ne pas faire l’amalgame entre Islam et terrorisme, la communauté musulmane de France se retrouve, malgré elle, dans l’œil du cyclone. « Les actes islamophobes ont atteint un sommet dans la haine à l’égard des Français de confession musulmane, jamais enregistré », estime le Conseil Français du Culte Musulman. Selon cette instance, entre le 7 et le 20 janvier, les menaces envers les personnes de confession musulmane ont progressé de 122% par rapport à 2014. En 12 jours, 128 actes anti-musulmans (actions contre les lieux de culte, dégradation de commerces, agressions physiques) ont été enregistrés par les services de police et de gendarmerie.

La communauté musulmane de France est pourtant sommée de prendre position. À l’image du mouvement international #notinmyname, on l’invite prestement à condamner, au vu et au su de tous, le terrorisme djihadiste considéré comme la brebis galeuse d’une supposée communauté de croyance globale. « Se désolidariser de quelque chose, c’est aussi s’accuser », note Abdelkrim Branine, rédacteur en chef de Beur FM. Un chantage intellectuel dénoncé par l’islamologue Olivier Roy dans une tribune du Monde, « On reproche aux musulmans d’être communautarisés, mais on leur demande de réagir contre le terrorisme en tant que communauté. C’est ce qu’on appelle la double contrainte : soyez ce que je vous demande de ne pas être ».

Les poids des mots

Aux lendemains du drame, les nuances apportées par certains, « je condamne les attentats mais je ne suis pas Charlie », sont accueillies avec suspicion. Une défiance qui ne va pas sans recourir aux automatismes clivants d’un « Vous êtes avec nous ou contre nous ».

C’est que la rhétorique en cours dans le débat politique et dans les médias en appelle à l’imaginaire post 11 septembre, avec son lot de confusion et son prétendu choc des civilisations. Le polémiste Eric Zemmour ne se cache pas de la comparaison : « le 7 janvier 2015, c’est notre 11 septembre ». « Union sacrée », « Patriot Act à la française » sont autant d’expressions aux connotations néoconservatrices. Pourtant, là n’est pas le moindre mal. Le journaliste Ahmed Benchemsi souligne la dérive « essentialiste » et « condescendante » de « la bien-pensance politico­ médiatique sur « les musulmans de France ». À l’image du journaliste David Pujadas présentant un reportage le 13 janvier 2015 sur un « musulman marié à une Française ». Une maladresse relevée par Najoua Arduini-El Atfani, présidente du Club du 21e siècle : « C’est dramatique. Ce n’est pas un musulman marié à une Française, c’est un Français musulman marié à une Française qui n’est peut-être pas musulmane ou qui est peut-être catholique. Mais le poids des mots est très très important. Ne nous ramenez pas uniquement à [la religion] », estimait-elle sur le plateau de l’émission des Paroles et des Actes.

Une communauté imaginaire ?

Étrange obsession. Pour Olivier Roy, « on ne cesse de parler de cette fameuse communauté musulmane, à droite comme à gauche, soit pour dénoncer son refus de vraiment s’intégrer, soit pour en faire une victime de l’islamophobie. Les deux discours opposés sont fondés en fait sur le même fantasme d’une communauté musulmane imaginaire ». Force est de constater qu’il n’existe pas de lobby musulman ni « l’ombre d’un parti musulman » (n’en déplaise à M. Houellebecq) ni même de vote musulman. Coté éducation, on dénombre en 2013 une trentaine d’établissements privés musulmans dans l’Hexagone, contre 300 de confession juive et 9 000 de l’enseignement catholique.

Bien au contraire. Du militaire tué par Mohamed Merah, Imad Ibn Ziaten au brigadier Ahmed Merabet, assassiné le 7 janvier dernier, les victimes des attentats confirment une intégration effective des Français de confession musulmane au sein des institutions, morts pour défendre les valeurs républicaines.

L’après-Charlie ouvre ainsi la possibilité d’une refonte du pacte républicain français. Il sera l’heure d’interroger les valeurs de la République sous le prisme d’un projet de société commun et non sous celui d’un communautarisme en partie fantasmé. Pour rappeler à tous, et à nous-mêmes, que nous sommes tous enfants de la République.

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« Rendre Marseille aux Marseillais ». Voici le leitmotiv de Pape Diouf, candidat aux élections municipales 2014. On connaissait Pape Diouf journaliste sportif, Président de l’O.M., agent de joueurs, consultant, mais aujourd’hui c’est à la tête du  collectif citoyen « Changer la donne » que l’homme entend peser sur la vie locale. Rencontre.

Pape Diouf  à la conquête de la cité phocéenne

Echos d’Orient : Vous semblez vous positionner en outsider qui souhaite rompre avec les pratiques politiques conventionnelles. Est-ce une façon de fustiger la politique pratiquée à Marseille ?

Pape DIOUF : Je ne suis pas contre la politique. Je ne critique pas les Partis : toute démocratie a besoin d’organisations politiques solides. Je récuse simplement les démarches politiciennes qui  phagocytent le débat et vous mettent dans une camisole de force. Encartés dans un Parti, vous êtes obligés de suivre les mots d’ordre donnés par les instances. De ce fait, vous vous éloignez de la ligne de conduite populaire, la seule qui amène à adopter des positions qui vont dans le sens de l’intérêt général et non dans celui de l’intérêt particulier d’un Parti.

Redonner la place au citoyen est le mot d’ordre de votre campagne comment pensez-vous garder ce lien populaire?

En faisant ce que l’on dit et en disant ce que l’on fait. Il faut associer plus étroitement les citoyens dans les décisions à prendre et non pas les prendre à leur place. Il faut recenser avec eux via des concertations les problèmes qui gangrènent la ville.

La posture non partisane que vous affichez vous vaut des critiques. Notamment celle du secrétaire général adjoint du Modem, Christophe Madrolle, qui vous a taxé de « candidature de témoignage ». Etes-vous cela, un candidat de témoignage ?

Combien même je serais une candidature de témoignage, où est le mal ? Cela prouverait bien au moins que nous ne sommes pas dans une recherche de position ou de privilège. J’entends en effet certains politiques, dont M. Madrolle, nous reprocher notre manque d’expérience. Ils ont raison !  Nous sommes très inexpérimentés lorsqu’il s’agit de sophistiquer les méthodes de clientélisme, de mettre en place des systèmes de corruption ou de ciseler de petites phrases, par exemple. Si c’est cela l’inexpérience et l’amateurisme, nous le sommes !

Pourquoi avoir choisi de vous présenter en tête de liste dans le 7ème secteur, qui cristallise les problèmes de sécurité et toute la violence sociale et économique ?

Ça a émergé suite à une discussion collective. C’est l’un des secteurs les plus importants de la ville avec plus de 150 000 électeurs potentiels. De plus, les extrémismes s’y installent. Il faut que de manière emblématique je puisse être là, qu’il y ait une alternative.

« Nos concitoyens en ont assez de ces fausses oppositions mises en scène le temps d’une campagne »

Quelles sont les causes des difficultés rencontrées dans les quartiers, selon vous ?  

Il y a un problème social. C’est socialement que ces quartiers sont en perdition.

Les populations ont été laissées à l’écart, mises à la lisière des villes. Puis on les a laissé vivre d’expédients. Qui dit expédient, dit petits larcins, dit trafics de drogues, dit forcément une forme de violence sociale.

Mais il ne faut pas simplement dénoncer la violence, il ne faut pas se lever et emmener les chars et l’armée. Ce ne sont pas ces solutions qui éradiquent l’insécurité. C’est seulement bon pour les raccourcis médiatico-journalistico-politiques. Quand on veut vraiment enrayer cette violence, il faut en comprendre les fondements, la substance. On soigne bien quand on diagnostique correctement le mal. C’est ce que nous ferons. Mon équipe, constituée de personnes de terrain, a toutes les compétences pour recenser, en collaboration avec les populations, les problèmes. Les solutions suivront.

Quel regard portez-vous sur le bilan de la municipalité sortante ?

Si Monsieur Gaudin avait fait tout ce qu’il devait faire, vous croyez que je serais là à m’engager aujourd’hui… ?

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« Changer la donne » ne propose pas de programme mais un contrat citoyen aux Marseillais.

Quelques repères des grands axes défendus.

Trois mots scellent la campagne de l’ancien président de l’O.M. : transparence, écoute et responsabilité. Le candidat ne mâche d’ailleurs pas ses mots lorsqu’il s’agit de dénoncer la crise de confiance des électeurs envers la ou le politique : « Nos concitoyens en ont assez de ces fausses oppositions mises en scène le temps d’une campagne et vite oubliées le lendemain ».

Face à l’opacité des pratiques locales, le contrat citoyen propose d’instaurer une éthique dans la vie politique par la déclaration des conflits d’intérêt des élus et d’insuffler de la transparence au cœur des finances publiques en stoppant, notamment, les partenariats publics-privés.

Le mouvement affirme clairement sa priorité budgétaire : l’école. 30 millions d’euros seraient débloqués pour la rentrée 2014. Soit 2% du budget de la ville. Il entend favoriser la scolarisation des moins de 3 ans et renforcer le soutien scolaire notamment en activant les moyens financiers annoncés par l’Etat pour lutter contre le décrochage scolaire. Un conseil municipal dédié à l’école serait constitué.

La Mer, bassin d’emploi

Quant à l’emploi, « Changer la donne » ne veut pas « résumer la politique économique au tourisme ». Critique à peine masquée de la stratégie menée ces derniers mois par la municipalité sortante. Pape Diouf et son équipe entendent miser sur les TPE qui forment le tissu économique marseillais. Quelques mesures préconisées : la création d’un guichet unique et du micro-crédit pour les petites entreprises afin de « simplifier les démarches de création et l’accès aux premiers financements », la tenue d’une conférence annuelle pour l’emploi présidée par le Maire ou encore la valorisation de l’économie sociale et solidaire via un contrat local et la création de pépinières.

« Changer la donne » compte développer l’économie liée au port et valoriser la formation aux métiers de la mer.

Les questions de sécurité sont, quant à elles, désamorcées au profit de mesures de prévention : la police municipale serait renforcée mais décentralisée et affectée aux missions de dissuasion, des lieux d’écoute et des ateliers de concertation seraient créer pour « apaiser la ville ».

La patte des écologistes

Si certains adversaires de M. Diouf ont fustigé un temps le flou politique de sa candidature et l’absence d’orientations claires, force est de constater que le contrat citoyen offre des propositions très concrètes en matière d’environnement, de transport ou de santé. Quelques idées : « Changer la donne » veut se diriger vers une Ceinture verte de Marseille, en préservant la Nerthe, le massif de l’Etoile et les Calanques. Il veut appliquer un entretien écologique des espaces verts (revêtements perméables, récupération d’eau pluviale) « vers zéro pesticide dans les parcs et jardins publics ».

L’aménagement de l’Huveaune pour lutter contre la pollution des plages du Prado est préconisé. Pape Diouf et son équipe entendent également doubler les déchets recyclés d’ici la fin de la mandature. L’influence des (ex)écologistes, nombreux autour de Pape Diouf, se fait ici largement sentir.

La politique de transports veut valoriser le collectif: « Nous engagerons les moyens pour relier en transports collectifs les bassins d’emplois et de vie de Marseille, Aix, Aubagne, Vitrolles-Marignane, en coopération avec la Région et la SNCF qui organisent les trains régionaux (TER) ».

En matière de santé, le collectif souhaite « lutter contre les déserts médicaux et le mauvais accès aux soins en soutenant les projets de Maisons de Santé pluridisciplinaires ».

Le programme est ambitieux. Arrivera-t-il à convaincre les Marseillais de se laisser tenter par une expérimentation citoyenne made in Pape Diouf ?

Entretien avec Pierre-Alain Cardona, directeur de campagne de Pape Diouf

Echos d’Orient : Pourquoi avoir choisi de nommer vos propositions, « contrat citoyen » plus que « programme électoral » ?

Cela représente bien l’idée fondamentale défendue par  Pape Diouf, celle du citoyen acteur [présente dans la notion de contrat, ndlr]. Le citoyen n’est plus le simple consommateur d’un programme donné.

En parcourant le contrat citoyen, il y a une mention spéciale sur le clientélisme. Est écrit que vous expérimenterez des mesures plus radicales comme le dossier anonyme ou le tirage au sort. Qu’entendez-vous par là ? 

Imaginons d’abord qu’on pose des critères objectifs d’attribution d’une place en crèche ou d’un logement social, par exemple. Imaginons que les dossiers soient anonymes pour qu’il n’y ait pas d’interventions extérieures. Enfin, si deux dossiers, suite à ces étapes, sont absolument identiques, comment les départager ? Pourquoi ne pas imaginer expérimenter un tirage au sort, garant de la neutralité du choix et de la décision rendue…

En matière d’habitat, vous faites état de politiques de réserves foncières inexistantes à Marseille. Que comptez-vous mettre en place?

Beaucoup de réserves foncières de la ville [terrains appartenant à la cité phocéenne] ont été vendues à des promoteurs immobiliers pour renflouer les caisses de la ville. Donc par simple opportunisme et sans réelle vision politique.

L’idée serait de créer « de la ville dans la ville », c’est-à-dire des petits centres-villes dans les quartiers, notamment Nord et Est, avec les terrains qui appartiennent encore à la municipalité. Faire ce qu’on appelle de la mixité fonctionnelle en alliant sur un même terrain commerces, bureaux,  logements sociaux, etc.

Vous positionnez-vous comme une alternative au Front National qui se place sur la même ligne que vous en dénonçant le copinage entre grands Partis ?

Non. Nous aimerions pouvoir convaincre les abstentionnistes, ceux qui n’y croient plus.

Pour répondre aux Marseillais qui ont du mal à cerner vos positions, sur l’échiquier politique traditionnel [qui fait office de repère idéologique] où vous placez-vous ?

C’est compliqué puisque nous voulons transcender les antagonismes politiciens. Nous ne sommes fermés à aucune proposition. Mais pour ceux qui ont absolument besoin de repères, j’ai tendance à dire qu’il suffit de regarder le parcours des personnes qui entourent Pape Diouf… Les sensibilités se situent alors à Gauche.

Apres les élections municipales, le collectif changer la donne continue le mouvement.

Plus d’infos : http://www.papediouf.fr/

E.O

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