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Salma Hayek Pinault, actrice, productrice et membre du Conseil d’administration de la Fondation Kering lors du Talk Women in motion le 23 mai en marge du festival de Cannes.

Actrice, productrice, emblème du cinéma et de la cause féminine, Salma Hayek replace la femme au centre de l’industrie cinématographique. Membre du Conseil d’administration de la Fondation Kering, dont l’objectif est de lutter contre les violences faites aux femmes, Salma Hayek met en lumière un épiphénomène mondial. Rencontre avec celle qui rayonne en tant qu’activiste pour les droits des femmes.

Échos d’Orient : Quel état des lieux dressez-vous aujourd’hui sur les violences faites aux femmes?

Salma Hayek : Le plus gros problème, c’est que, parfois, lorsque les violences ont lieu depuis un certain temps, on les accepte, comme si c’était normal, on s’y habitue. Sur le plan culturel, il y a toujours différentes formes de violences, et les gens ne le voient pas forcément. Il y a des pays dans lesquels il est évident que les femmes subissent des violences phénoménales. Cela fait seulement très peu de temps que l’on parle des inégalités salariales par exemple. On ne le voit même pas encore comme une forme de violence, parce que c’est ancré dans la société, on pense que c’est normal. Le fait d’en parler change la donne, on essaye de changer cette « normalité » en faveur de plus d’égalité.

Quel est votre regard en tant qu’actrice?

J’ai un passif concernant ce sujet, j’ai été activiste pour les droits des femmes avant d’être actrice, et quand on est activiste, on prend pleinement conscience de l’ampleur des violences faites aux femmes. J’avais donc déjà une autre vision des choses sur ce sujet, avant d’être actrice. Je suis arrivée à Hollywood en étant non seulement une femme, mais aussi une Arabo-Mexicaine. C’était il y a 26 ans, les gens se moquaient de moi, de mon rêve. J’ai fait le conservatoire Stella Adler, j’étais la seule Mexicaine à s’y essayer, si l’on fait exception de Venicio Del Torro, qui, lui, était Portoricain, et en plus c’était un homme, donc personne ne se moquait de lui. Même au Mexique, on se moquait de moi, à l’idée de me voir essayer à rentrer dans ce milieu. Le milieu hollywoodien est particulièrement machiste. Quand ils se rendent compte que tu n’es pas stupide, au contraire, que tu es intelligente, leur haine n’en est qu’amplifiée. C’est comme s’ils s’étaient offert un petit singe, qu’ils se rendaient compte que le singe parle, et qu’ils se disaient: « Mon Dieu, ce singe parle, on va pouvoir gagner de l’argent grâce à lui! » et puis un jour ils surprennent le petit singe en train de résoudre des équations, et là, c’en est trop, ils le tuent. C’est très violent, mais ça met en lumière le problème que l’on a avec les femmes derrière les caméras, les directrices, les productrices.

« Je suis arrivée à Hollywood en étant une femme, une Arabo-Mexicaine, les gens se moquaient de moi »

Durant le Festival de Cannes, seuls 7 % des films représentés sont dirigés par des femmes, et ça peut descendre encore plus bas lorsqu’il s’agit de blockbusters

Je pense que c’est juste à cause de l’ignorance. Et une partie de cette ignorance vient du fait que ça fait tellement longtemps que l’on a été négligées que les gens ne savent même plus ce que l’on souhaite voir changer. Nous constituons un pouvoir économique majeur et on possède une audience énorme. On nous néglige même en tant qu’atout économique. 80 % des acteurs décisionnels en matière de choix de films sont des femmes. On paye pour ces films, et maintenant, on travaille, on possède un salaire, on est indépendantes. On est les plus grandes consommatrices dans tout! Pourtant, personne ne mise sur nous, donc pour moi, c’est de l’ignorance.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur la Fondation Kering, dont vous êtes membre?

On va fêter les dix ans de la fondation, on se focalise sur les violences faites aux femmes et on le fait de quatre façons : on soutient des organisations locales; on entraine des centaines de personnes à créer un système combattant les inégalités, on encourage la propagation des connaissances; on lance des campagnes de sensibilisation; on essaye d’impliquer de nouvelles personnes un peu plus chaque jour.

Vous pensez que les producteurs de cinéma écoutent ce genre de discours?

Je pense qu’ils l’entendent et qu’ils paniquent! On les sort de leurs habitudes, ils ne comprennent que le langage de l’argent. Mais ils commencent à réaliser que l’argent est là où les femmes se trouvent.

Pensez-vous que l’industrie cinématographique peut changer?

Ça a déjà un peu changé, mais ça va prendre beaucoup de temps avant de changer vraiment. J’ai déjà l’impression qu’ils écoutent un peu plus nos idées, mais on est encore loin du compte. Rien que les deux dernières années, j’ai eu le sentiment qu’il y avait déjà plus de femmes productrices représentées durant le Festival de Cannes.

Au Moyen-Orient, la femme tient une place importante dans le renouveau cinématographique, comment analyser cette évolution?

On pense souvent qu’au Moyen-Orient les femmes sont les plus opprimées.  Savez-vous que le Doha Film Institute et le Doha Film Festival sont dirigés par trois femmes puissantes qui ont fait évoluer le cinéma du Moyen-Orient à toute vitesse ! Elles ont changé l’industrie du cinéma au Moyen-Orient. L’industrie du cinéma a depuis explosé. Les deux dernières années, sept films ont été présentés au Festival de Cannes, mais personne n’en a entendu parler. Ces trois femmes viennent du Qatar, où elles portent la burqa, alors qu’aux États-Unis, on se bat chaque jour pour le moindre petit poste. Ces trois femmes musulmanes, elles, réinventent le cinéma et ouvrent les esprits! Elles promeuvent les talents.  Faire du cinéma, c’est aussi créer un public et donner la possibilité de changer les mentalités!

Accepteriez-vous de jouer dans un film entièrement produit par des femmes?

Oui, mais pas parce que ce sont des femmes. J’accepterai de jouer dedans si elles sont compétentes dans le domaine. Ce n’est pas une question de genre, c’est une question de potentiel. Comme tout le monde, il faut savoir gagner sa place dans le milieu, peu importe le sexe.

Pourquoi ça semble si compliqué de confier des films à gros budgets à des femmes?

80 % des subventions que l’Europe donne aux producteurs dans le domaine cinématographique reviennent à des hommes. Il y a encore beaucoup à faire, mais je veux bien admettre que la France est un des pays qui en fait le plus dans ce domaine. Notre priorité avec la fondation Kering n’est pas uniquement basée sur les films, il y a tellement de choses horribles qui se passent dans le monde. Nous voulons changer les choses dans leur ensemble.

CHIFFRES CLES

1 femme sur 3 dans le monde est victime de violence, d’abus sexuels et d’autres sévices au cours de sa vie

Plus de 70% des auteurs de violences faites aux femmes ne sont pas condamnés

Aux Etats-Unis, 1 jeune femme sur 5 est victime d’agression sexuelle pendant ses études universitaires. 

En Asie, 41% à 61% de femmes sont victimes de violences domestiques

Source : www.kering.com

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Sabrina Ouazani a 24 ans. Et pourtant cette jeune actrice a déjà dix ans de carrière derrière elle… Remarquée en 2005 pour sa performance dans L’Esquive d’Abdellatif Kechiche, Sabrina Ouazani n’en finit pas ses collaborations fructueuses avec les meilleurs réalisateurs français. Et internationaux. On l’a récemment vu dans le dernier film du cinéaste iranien Asghar Farhadi Le Passé, sélectionné et primé à Cannes. La jeune femme, bouleversante de naturel, revient pour nous sur son parcours, ses envies et sa passion du 7ème art. Interview.

Echos d’Orient : Vous avez gravi les marches de Cannes cette année. Bien entourée puisque vous avez joué dans le dernier film d’Asghar Farhadi Le Passé. Racontez-nous cette rencontre…

Sabrina : Quand j’ai appris qu’Asghar Farhadi faisait un film en France, je me suis dit que c’était maintenant ou jamais. J’étais allée voir son film Une séparation trois fois au cinéma. J’étais complètement fan. Mais Asghar cherchait une jeune fille maghrébine d’une vingtaine d’années non-professionnelle pour interpréter le rôle d’une Iranienne sans papiers fraîchement arrivée en France. J’ai appelé encore et encore, je voulais absolument faire partie de l’aventure. Pour la petite histoire, lors de notre première entrevue, rien n’était gagné, il m’a demandé si je savais jouer avec un fort accent iranien. Pendant quelques instants j’ai réfléchi. La tentation était grande de mentir (rires). Mais bon, il fallait bien que je dise la vérité, je ne pouvais que lui promettre de travailler ma diction. Ça a marché. Quand j’ai appris que j’étais prise, j’ai explosé de joie, hurlé, chanté, dansé en bas de chez moi à la Courneuve. Les gens ont dû me prendre pour une folle ce jour-là.

Comment s’est déroulé le tournage ?

Sur le tournage, même s’il y avait la barrière de la langue [Asghar Farhadi ne parle pas français, ndlr], il y avait une concentration extraordinaire. Asghar Farhadi me disait souvent, ne joue pas, sois. Une expérience parfois troublante !

Avant d’en arriver là, vous avez commencé jeune, 13 ans, dans L’Esquive. Comment vous êtes-vous retrouvée dans le casting d’Abdellatif Kechiche ?

Grâce à ma mère ! Elle avait trouvé une petite affiche à la station de tramway à La Courneuve. Le casting sauvage de l’Esquive ! Elle nous l’a donc proposé à mon frère et moi. Sans nous forcer. Comme un passe-temps. Pour l’expérience et les souvenirs. On s’est laissé prendre au jeu. Et voilà, on s’est retrouvé à jouer une scène d’improvisation dans une petite salle à Bobigny. Ma meilleure amie et moi étions censées revenir d’un cours de théâtre et mon frère nous demandait où nous étions. Je devais lui trouver un mensonge sous prétexte que c’était un peu la honte de faire du théâtre dans une cité à ce moment-là. C’était parti.

Et votre mère, grâce à qui tout a commencé, que pense-t-elle de votre parcours ?

Elle reste pragmatique me rappelant que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. C’est ma mère qui m’a appris ça avant tout le monde. Elle m’a toujours dit de rester humble, surtout après ma nomination Meilleur espoir féminin aux Césars 2005. « Sois gentille avec les gens quand tu montes les marches, ça sera les mêmes quand tu les redescendras ». Je garde cette phrase en tête pour ne pas prendre la grosse tête.

Abdellatif Kechiche a été couronné de succès à Cannes avec La vie d’Adèle. C’est quoi son secret ? Y a-t-il une méthode Kechiche ?

S’il y a une méthode Kechiche, c’est une école de la spontanéité. Un peu brut.

Il faut savoir que c’est particulier. Pour L’Esquive, il n’y avait pas de gros budget, il n’y avait pas vraiment de scénario. C’était au jour le jour. Il encourageait l’improvisation. De ce fait, sur le tournage ,je me souviens qu’il y avait beaucoup de discipline parce qu’il fallait être attentif, toujours aux aguets.

C’est une très bonne école à vrai dire.

Et votre approche à vous ?

Je n’aime pas trop répéter pour garder une certaine fraîcheur. Peut-être des restes de ma rencontre avec Abdellatif. Je n’apprends jamais mes textes. Je les lis deux, trois fois le matin. Mais j’essaye de me renseigner, d’aller à la rencontre des gens quand les sujets sont complexes comme le conflit israélo-palestinien évoqué dans le film Inch’Allah d’Anaïs Barbeau-Lavalette ou la grève du sexe des femmes marocaines dans La source des femmes [de Radu Mihaileanu, ndlr]. Pour Inch’Allah, je suis allée dans les camps de réfugiés en Cisjordanie, j’ai appris le palestinien, j’ai observé et essayé de me nourrir de ce que je voyais. Et en général dans la vie de tous les jours, je suis comme ça, j’observe beaucoup. Personnellement, je ne sais pas comment font ces comédiens qui s’enferment dans leur tour d’ivoire, ceux qui se coupent de la réalité quotidienne du fait d’une certaine notoriété. Comment représenter le monde si on n’est plus en contact avec lui ?

Justement, les rôles que vous avez interprétés ne sont jamais anodins. Je pense au thème du mariage forcé évoqué dans Les 3 petites filles de Jean-Loup Hubert ou celui du conflit israélo-palestinien dans Inch’Allah, pour ne citer que ces deux films. Qu’est-ce qui vous fait accepter un rôle plutôt qu’un autre ?

Je ne choisis pas mes films, ils me choisissent en fin de compte. Je marche beaucoup au coup de cœur. La rencontre avec le réalisateur est très importante pour moi aussi. Mais je n’ai jamais accepté un film pour de l’argent par exemple.

Il est vrai qu’instinctivement je vais vers des films assez engagés. Je pense à Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois sur l’assassinat des moines de Tibhirine ou Inch’Allah toujours. J’ai envie de divertir, j’ai envie de faire rire mais j’ai surtout envie de faire réfléchir. Ma petite sœur a 17 ans et je vois comme c’est devenu compliqué aujourd’hui d’ouvrir un livre parce qu’il y a tellement de conneries à la télé. Il y a ces gens qui nous influencent et qui deviennent des modèles pour les enfants, les Nabila and Co. Si je peux prendre un outil de divertissement comme le cinéma et réussir à intéresser quelqu’un sur un sujet important, ça me va (rires).

Les médias parlent facilement d’une jeune génération d’actrices d’origine maghrébine. Leïla Bekti, Amelle Chahbi, …

Que pensez-vous de cette « labélisation » ? Avantages ? Frein ? Absurdité ?

Je suis très fière de mes origines mais cette « labélisation » peut me déranger.

C’est mettre les personnes dans des cases. On est de jeunes comédiennes point. Quand on parle de Mélanie Laurent, Mélanie Thierry ou Sara Forestier, parle-t-on d’une jeune génération d’actrices blondes aux yeux bleus ? C’est absurde dans un certain sens !

Etre actrice pour moi, c’est pouvoir vivre mille vies. Sans étiquette, sans cloisonnement. C’est ça qui m’éclate.

Vous êtes très fière de vos origines… justement quels rapports entretenez-vous avec vos origines algériennes ?

Un rapport fort. Paradoxalement. Je dis paradoxalement parce que je ne suis jamais allée à Sibi Bel Abbès, le village natal de mes parents. Mais ça a toujours été un rêve, quelque chose qui m’a manqué. Découvrir l’endroit où mes parents ont vécu, où ils se sont rencontrés, où ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. J’ai soif de connaître. C’est important pour moi. D’ailleurs, j’ai écrit un court-métrage, Là-bas, sur cette relation ambiguë que je garde avec l’Algérie. J’y évoque cette « nostalgie imaginaire » comme j’aime à le dire. Imaginaire parce que je n’ai pas connu. Mais nostalgie quand même. Celle que mon père m’a transmise via les histoires qu’il nous racontait et qu’il m’a offertes en héritage.

Quels projets sont sur le feu en ce moment pour vous ?

Je viens de finir le film L’Oranais du réalisateur franco-algérien Lyes Salem, qui traite de l’indépendance de l’Algérie et du retour des légionnaires dans leurs familles. Et oui, l’Algérie toujours! Je joue également dans la pièce Amour sur place ou à emporter au Théâtre du Gymnase à Paris tout l’été. Beau challenge de monter sur les planches.

Que peut-on vous souhaiter de bon maintenant,  plus personnellement?

J’aimerais aller au bout de mon film, Là-bas et le réaliser en fin d’année. J’espère tout au moins. Ça fait pas mal de temps que je le porte. J’aimerais aussi garder auprès de moi les gens que j’aime. Et puis allez ! Pourquoi pas, dans quelques années, un petit mariage et des enfants ! (rires).

E.O

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Elle est belle et talentueuse. A  tout juste 27 ans, brille dans le cinéma français. Après le succès du Prophéte et de Tout ce qui brille , Le 7ème art lui déroule pour la troisième fois le tapis rouge à Cannes pour le film La source des femmes où elle excelle dans le rôle de Leïla. Rencontre avec la nouvelle étoile du cinéma français.

Sacrée meilleur espoir féminin du cinéma français, Leïla Bekthi confirme une fois de plus son talent dans La source des femmes qu’elle défend avec beaucoup d’émotion. Elle nous parle d’amour et d’altruisme, convaincue que la vie ne vaut d’être vécue sans amour. Pleine de vie, elle raconte les yeux pétillants, sa collaboration avec le réalisateur Radu Mihaileanu. « Il est devenu mon grand-frère » confie-t-elle. Elle est comme ça Leïla, passionnée quand elle défend ce qu’elle aime. Consciente de sa belle étoile, elle n’oublie pas d’où elle vient « quand je retourne voir mes parents en banlieue, ça vaut un milliard de Cannes ». Sa beauté orientale ne laisse personne indifférent. C’est donc tout naturellement qu’elle a été choisie par l’Oréal pour être sa nouvelle égérie. Un autre rôle qui lui va si bien.

 

Echos d’Orient : Comment passe-t-on de la banlieue à la montée des marches à Cannes ?

Leïla : En banlieue on monte aussi les escaliers ! (rires). Dans le film Tout ce qui brille dans lequel j’ai tourné, on évoque le sujet de la banlieue et je pense que c’est une histoire de codes, de cette envie de faire partie de ce monde ou pas. Me concernant, je n’ai plus cette frustration. J’arrive à Cannes toute timide, comme lorsque je suis à Paris. Pour moi, il n’y a rien qui changé. Dans les deux cas je suis toujours émerveillée. Quand je retourne voir mes parents en banlieue, ça vaut un milliard de Cannes !

J-1 avant la montée des marches pour le film La source des femmes, dans quel état d’esprit te trouves-tu ?

J’ai sept ulcères ! (rires) Je suis très émue car ce sera la montée des marches des femmes du village et c’est la première fois de leur vie qu’elles vont voir un film et qu’elles sortent de leur village. Et cette aventure dépasse tout !

Comment qualifierais-tu le film La source des femmes ?

Le scénario m’a énormément touchée. Ce film est une ode à l’amour, c’est sur la capacité à s’aimer, à se regarder et à se comprendre. Je crois que l’un des plus grands problèmes dans les relations humaines c’est que l’on ne s’écoute plus. Ce n’est pas du tout un film manichéen dans lequel on oppose les femmes aux hommes, bien au contraire. Ce que j’aime dans ce film, c’est toute la poésie qu’il inspire. C’est aussi un film sur le savoir. A la fin du film, il y a un chant qui dit “la source de la femme c’est l’amour et la source de la femme c’est son homme” et je crois que c’est vrai.

Radu dit être marqué par ton talent, comment s’est passée votre collaboration ?

Radu est devenu mon grand frère. C’est quelqu’un de très important pour moi. J’admire son travail. C’est un homme qui aime ce qu’il fait. C’est un humain avec un grand H. Au début je pensais qu’il voulait juste mon avis sur le scénario, je n’aurais jamais pensé qu’il allait me proposer un rôle ! J’ai la chance d’avoir tourné ce film avec lui.

Le chant occupe une grande partie dans le film. Comment s’est déroulé l’apprentissage de la langue ?

Chez moi on parlait couramment l’algérien mais avec le départ de mes grands-parents je n’ai plus eu l’occasion de pratiquer la langue. Pour le film on a travaillé avec un coach le dialecte marocain. Je dormais avec les gens du village, discutais avec eux afin de m’approprier la langue. On était dans un village où les hommes et les femmes parlaient uniquement le dialecte marocain, il était évident, ne serait-ce que par respect pour l’accueil qu’ils nous ont réservé, de faire cet effort. La meilleure école a été de parler directement avec les villageois et de vivre avec eux au quotidien. J’en avais besoin et ça a enrichi mon personnage.

Tout au long du film on se rend compte que finalement le manque d’eau au village est un appel au secours de ces femmes et un prétexte pour soulever d’autres problèmes…

Oui, tout à fait. Ça soulève beaucoup de problèmes surtout celui de la non-considération de l’autre. Dans le film, le conduit d’eau qui manque dans ce village n’est que la métaphore d’un manque d’amour. Je vais reprendre la phrase de Serge Gainsbourg « la vie ne vaut d’être vécue sans amour » et je le pense encore plus avec ce film.

Comment définirais-tu ton personnage dans ce film ?

C’est une femme révoltée mais dans le bon sens du terme, qui va jusqu’au bout de ses idées avec respect. Elle est forte et en même temps fragile. C’est cette dualité qui m’a séduite. C’était très important pour moi de valider ce que je disais. Ma scène avec l’imam est très importante, je parle de sourates du Coran. Il ne fallait pas dire tout et n’importe quoi. J’ai fait une confiance absolue au réalisateur, il a fait des recherches sur le Coran et sur ce qui y est écrit et j’en ai fait de même de mon côté. Le personnage de Leïla a besoin de l’amour de son mari. Et moi dans la vie c’est pareil, j’ai besoin de l’amour des gens que j’aime pour avancer.

Que retiens-tu de cette expérience ?

Quand je suis arrivée au village, j’avais mes a priori d ‘occidentale. En voyant ces femmes laver leur linge, j’ai eu un sentiment de tristesse m’imaginant les conditions dans lesquelles elles devaient vivre. Puis je me suis rendue compte qu’elles étaient très heureuses et qu’elles gardaient toujours le sourire. La vraie différence qu’il y a entre elles et nous, c’est l’accès au savoir. J’étais bouleversée de voir ces jeunes femmes qui ne savaient ni lire ni écrire car pour moi la clé de la liberté c’est le savoir. Humainement, j’ai beaucoup appris et ce film m’a fait grandir.

Ce film est une ode à l’amour : comment vois-tu ce sentiment ?

C’est un sentiment irrationnel. L’amour m’émerveille et me rend complète !

F.C

 

Synopsis : Cela se passe de nos jours dans un petit village, quelque part entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Les femmes vont chercher l’eau à la source, en haut de la montagne, sous un soleil de plomb, et ce depuis la nuit des temps. Leïla, jeune mariée, propose aux femmes de faire la grève de l’amour : plus de câlins, plus de sexe tant que les hommes n’apportent pas l’eau au village.

La source des femmes, sortie prévue le 2 novembre 2011.

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À 19 ans, la jeune comédienne d’origine ivoirienne est en lice pour le César du Meilleur espoir féminin 2015. Sa performance dans le rôle de Vic, une jeune lycéenne rebelle découvrant ses premiers émois au sein de son groupe de copines, dans le film de Céline Sciamma, Bande de filles, a marqué les esprits. Et le nôtre. Rencontre.

Echos d’Orient : Vous avez été repérée par la directrice de casting de Céline Sciamma à la foire du Trône à Paris, et aujourd’hui vous êtes nominée pour les César, Quel parcours ! A-t-on assisté à la naissance d’une vocation d’actrice ?

Karidja : Dès que je me suis rendue compte que, contrairement à l’école, je me levais le matin sans difficulté pour aller tourner Bande de filles, j’ai su que j’avais attrapé le goût pour le cinéma et la comédie. J’ai le virus maintenant, je veux continuer ! [rires]

Bande de filles emmène le spectateur au cœur de l’adolescence et de ses découvertes émancipatrices. Il interroge sur le poids familial, culturel et scolaire dans la construction personnelle d’un adolescent. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce scénario ?

J’ai tout de suite aimé son coté réaliste. Il y a une scène où le principal du collège veut que Vic, le personnage que j’interprète, aille faire un CAP sans autre perspective d’avenir. Ces problèmes d’orientation, je les ai moi-même connu et sont très fréquents.

Certains se sont focalisés sur le fait que l’intrigue se passe en banlieue. Ils ont imaginé que les problématiques soulevées par le film étaient propres aux banlieues, je ne suis pas tout à fait d’accord, ce que j’ai aimé justement ce sont les sentiments universels évoqués dans Bande de filles qui en font un bon film accessible à tous : l’adolescence, l’amitié, les influences de l’entourage, la construction personnelle souvent semée d’embûches.

Dans Bande de filles, il y est aussi question de discrimination…

Il y a cette scène où Vic se fait arrêter par le vigile d’un magasin qui la suspecte de vol. Je ne connais pas une personne d’origine africaine ou arabe qui n’ait pas connu ce délit de faciès. Je pense que le montrer dans le film permet de lever un tabou.

On a reproché au film de véhiculer une image de la femme d’origine africaine emplie de stéréotypes : elle hurle dans la rue, elle est dans une spirale d’échecs à l’école, il y a le poids de la famille dans son émancipation future, la violence de la banlieue, le deal. Ne tombe-t-on pas en effet dans des clichés malheureux ?

Ce sont des susceptibilités déplacées. Il faut se rendre compte, au contraire, que c’est le premier film « africain ». Il sublime la beauté black. Nous y sommes les héroïnes. Ça change ! En général, dans les castings, les blacks sont là pour la figuration. À tel point qu’en tant qu’actrice d’origine africaine, on en vient à regarder le cinéma français de loin et à rêver des Etats-Unis qui semblent plus ouverts à la diversité.

Pourquoi justement le cinéma français ne donne-t-il pas sa chance aux acteurs « blacks » comme vous le dites ?

C’est un mystère. Pour Bande de Filles, nous étions 200 à passer le casting. Beaucoup avaient du talent selon Céline Sciamma. Ces talents-là n’attendent qu’une chose, qu’on leur donne leur chance. En 2014, arrêtons de recruter sur la couleur de peau, recrutons sur le talent. Dans un script, une Michelle peut tout aussi bien être noire que blanche !

Avec qui aimeriez-vous tourner maintenant ?

J’adorerais maintenant jouer dans un film d’action américain. J’ai aimé Divergente de Neil Burger par exemple. Au final, pour les scènes de bagarres dans Bandes de filles, j’ai eu un coach sportif, et je dois dire que j’y ai pris goût. [rires]

J’aimerais également jouer avec Kerry Washington, j’adore la série Scandal!

E.O

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