Nadia Khiari, pour la liberté de la presse

Nadia Khiari, pour la liberté de la presse

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Présenté au festival de cannes, « Caricaturistes, fantassins de la démocratie » met en lumière douze caricaturistes des quatre coins du monde défendent la démocratie avec comme seule arme, un crayon au péril de leurs vies. Nous avons rencontré l’une d’entre-elles : Nadia KHIARI.

 

Echos d’Orient : Quelles ont été tes principales motivations pour avoir accepté de tourner dans le film Caricaturiste ?

Nadia : J’ai rencontré la réalisatrice il y a deux ans, à Caen, lors de la remise du Prix Honoré-Daumier par Cartooning for peace. Par la suite, nous avons gardé contact et elle est venue en Tunisie avec son équipe. Me retrouver au milieu des autres dessinateurs de talents, des pointures, était un grand honneur pour moi. De plus, c’était une occasion de parler autrement de ce qui se passe dans mon pays.

T’exposer médiatiquement est-ce un risque pour toi ?

S’exposer médiatiquement est à double tranchant. C’est un risque mais aussi une protection. En même temps, comme le dit le dessinateur algérien Slim, dans le film : « certains tuent des Présidents, alors, nous simples dessinateurs, nous sommes des fourmis. »

Comment est née cette passion pour le dessin ?

J’ai toujours adoré dessiner. J’ai fait des études d’Art, j’enseigne les arts plastiques. C’est ce qui me constitue et je ne peux faire autrement. En même temps, j’aurais dû être trader si je voulais vraiment gagner ma vie.

A travers tes dessins tes combats sont principalement ceux qui s ‘attaquent aux droits de l’Homme, as-tu subi des pressions dans un pays au régime autocratique comme la Tunisie … ?

Je n’ai pas l’impression de mener un combat à part celui d’exercer mon droit à la liberté d’expression. Et ceux qui m’entourent livrent ce même combat en s’exprimant librement tous les jours. Tous les tunisiens subissent cette pression. Pas besoin d’être activiste, artiste, intellectuel, journaliste. Un régime autoritaire oppresse tout le monde. Sauf ceux qui y participent.

Willis est le nom du célèbre chat qui caractérise tes dessins , devenu symbole de la Révolution tunisienne, comment est-il né ?

Il est né bien avant la Révolution mais en tant que simple chat dans une vie de chat. C’est le 13 janvier 2011, suite au dernier discours de Ben Ali que le chat a pris la parole pour critiquer le pouvoir. Et c’est grâce aux centaines de personnes qui ont partagé les dessins, qui m’ont encouragée, que je continue encore aujourd’hui à dessiner.

Penses-tu que l’on peut traiter de tous les sujets avec l’humour ?

Mise à part l’incitation à la haine de l’autre, je pense qu’on peut tout aborder, tous les sujets grâce à l’humour. Je réagis en fonction de ce qui m’arrive, de ce que je vis, de ce que j’entends à la radio, ce que je lis dans les journaux ou sur internet. C’est une sorte de chronique de la Révolution… ou de la contre-Révolution.

Selon toi l’humour peut-il faire avancer la démocratie ?

Même si les politiciens ont beaucoup d’humour (à leur insu) et même si grâce à l’humour, on peut faire passer beaucoup de messages, c’est quand même compliqué de faire avancer les mentalités. Il y a encore beaucoup de boulot.

En quelques mots ta définition de la liberté…

La liberté, c’est le respect de la différence.

Le crayon est une arme ?

Oui, certainement. Mais moins efficace qu’un AK47.

F.C

Vous pouvez retrouver Willis sur les réseaux sociaux : Facebook, Twitter et sur yakayaka.org

 

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Film Caricaturistes, fantassins de la démocratie réalisé par  Stéphanie Valloatto. Sortie mai 2014

 

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