Les musulmans et le FN : une alliance paradoxale ?

Les musulmans et le FN : une alliance paradoxale ?

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Campagne d'affichage FN 2007

Ils sont Français d’origine étrangère, parfois musulmans et ils votent Front national. Un paradoxe pour certains. Pourquoi ces électeurs, que tout semble éloigner du parti frontiste, n’hésitent plus à lui offrir leurs voix ?

« La France aux Français ». Les déclarations fracassantes du Front national sont bien connues de tous. Et ses convictions anti-Islam ou anti-immigration, un secret de polichinelle. Les élections municipales des 23 et 30 mars derniers n’ont fait qu’auréoler un peu plus le parti bleu Marine d’une aura de respectabilité. Onze maires FN sont entrés en fonction. Et déjà les polémiques grondent, notamment concernant la stigmatisation de la population immigrée ou musulmane. Ainsi, le maire de Mante-la-Ville dans les Yvelines, Cyril Nauth, a récemment annulé un projet de mise à disposition d’une salle de prière officielle assez grande pour le nombre de fidèles musulmans. Pire : l’actuel local trop exigu risque de leur être retiré. Il y a aussi la récupération du FN des incidents qui ont suivi le match Algérie-Corée du Sud le 23 juin dernier. « Plusieurs feux de véhicules ainsi que de poubelles notamment à Vénissieux et à Vaulx-en-Velin » sont rapportés dans le journal le Progrès. Un fait qui n’a pas échappé à la députée Marion Maréchal-Le Pen qui y voit « une défaite pour la politique d’intégration menée par l’UMPS » et une « démonstration d’une nouvelle victoire du communautarisme sur la République ».

Un vote de contestation comme un autre

Malgré un discours faisant des amalgames sa marque de fabrique, le FN séduit une tranche de l’électorat de personnes d’origine étrangère ou musulmanes. Un vote de contestation presque normal. « Nous sommes déçus de la politique menée par la Gauche. Ces promesses non tenues, le paternalisme dont elle fait preuve envers les populations immigrées et le fait qu’elle ne change rien à la ghettoïsation dont ces populations sont les victimes » note N’deye*, une aide soignante albertivillarienne (93). Et les thèmes chers au FN, la délinquance et l’insécurité, font échos pour ces électeurs : « que croyez-vous, que les électeurs maghrébins par exemple ne sont pas sensibles à ces thèmes-là ? L’insécurité et les incivilités concernent tout le monde. Les gens qui profitent du système, personne n’aime. De plus en plus de Maghrébins votent Front national sans jamais oser l’avouer autour d’eux » expliquait Mehdi à France 24. « Le matin, quand tu te réveilles et que tu t’aperçois que ta voiture a été brûlée, tu ne te demandes pas si tu es d’origine étrangère ou non avant de t’énerver ». Le franc-parler de la présidente du parti frontiste sur ces problèmes d’insécurité semble séduire les esprits.

Et les préoccupations sécuritaires se concentrent sur les quartiers populaires. Le journaliste Akram Belkaid, qui signe régulièrement des tribunes libres, l’écrit depuis plusieurs années, le constat est amer : « De l’extérieur, les « quartiers » sont vus de manière uniforme avec l’image récurrente de populations soudées contre « les autres », habitants des villes, « gaulois » ou autres supposés nantis. Rien n’est plus faux (…) Il y a d’abord un premier constat. Les principales victimes de l’insécurité entretenue par « les voyous » qui sèment la terreur dans les quartiers sont leurs voisins qui partagent, le plus souvent, la même origine qu’eux ». Il poursuit : « Et quand un militant du FN se pointe et affirme la main sur le cœur qu’il sait distinguer le bon grain de l’ivraie, il est souvent bien mieux entendu et accueilli qu’un agité du Karcher ou qu’un vague représentant du PS ».

Patriotisme

Pour Farid Smahi, ex-membre du bureau politique du FN, interrogé par France 24, les électeurs d’origine étrangère du FN se revendiquent d’un patriotisme chevronné : « Je suis Arabe, je fais le Ramadan et je vote Front national. Je n’aime plus la viande Halal. Je ne supporte pas les femmes voilées et encore moins les femmes en burqa. La France est un beau pays, où le soleil ne se couche pas. On y boit du vin et on y mange du porc. Mes compatriotes musulmans doivent se calmer parce qu’ils n’ont pas à imposer leur religion à cette société. Il faut aussi qu’ils arrêtent de prier dans les rues, parce que les rues sont faites pour les voitures et les bus. Et même le prophète Mahomet, s’il était vivant aujourd’hui, prendrait le TGV et mettrait des costards à la mode. La France, soit on l’aime, soit on la quitte ». Plus royaliste que le roi ?

Fricotage médiatique, dédiabolisation

Autre phénomène à prendre en compte : le fricotage de certains représentants de la communauté musulmane avec de grandes figures du Parti tend à une normalisation de celui-ci. En 2011, par exemple, était créé à Marseille, l’Alliance Républicaine Ethique (ARE), par Stéphane Durbec, à l’époque Conseiller régional FN démissionnaire du parti depuis, et Omar Djellil, responsable de la mosquée Al Taqwa, porte d’Aix (13). L’association souhaitait opérer « un rapprochement possible entre le FN et les citoyens français issus de la diversité ». Depuis Stéphane Durbec a quitté le Parti dénonçant « une dédiabolisation de façade ».

Mais ce phénomène de dédiabolisation, qu’il soit de façade ou non, entrepris par Marine Le Pen depuis son arrivée à la tête du Parti en 2011, semble marcher. « C’est bien cela le problème » note Ahmed* , jeune militant anti-racisme, « le parti FN n’est plus assimilé à de la xénophobie, il touche toutes les couches de la société parce qu’il a su parler de crise, de mondialisation néfaste, du chômage et d’impuissance des politiques classiques. Ce qui touche tout le monde en somme, que tu sois blanc, jaune, noir ou vert ! Mais ce n’est qu’une illusion. Le FN reste un parti d’extrême ! Objectivement comment voulez-vous trouver des points de convergences entre certains militants FN qui revendiquent « l’invasion des étrangers en France » et des électeurs d’origine étrangère. C’est absurde ! ».

Cette situation inédite reste pour beaucoup incompréhensible. Et si le réveil s’avérait douloureux ? Onze maires FN sont à la tête de municipalité en France, six ans pour convaincre un peu plus ou faire ouvrir les yeux à ces électeurs du FN.

* par souci d’anonymat les noms ont été changés.

E.O

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