Investir en Algérie , ce qu’il faut savoir

Investir en Algérie , ce qu’il faut savoir

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Building logo made from the flag of Algeria ,construction working industry concept. Vector illustration

Investir en Algérie continue d’être un pas craint par beaucoup d’investisseurs, notamment ceux arrivés avec l’idée de se lancer dans le marché. Qu’ils soient nationaux ou binationaux venus de l’hexagone, beaucoup restent sceptiques, craintifs. Et ce, en dépit des assurances fournies par les autorités en vue d’encourager et booster l’économie algérienne sur un marché porteur dans plusieurs secteurs.

Pour le premier responsable du laboratoire pharmaceutique Merinal, Nabil Mellah, qui fait référence au dernier rapport de la banque mondiale, « (…), nous devons être objectifs et voir la réalité en face, aussi amère qu’elle soit.» Et de trancher : « Non, il n’est pas facile d’investir aujourd’hui, en Algérie.» Monsieur Mellah reste, toutefois, optimiste quant au potentiel que recèle le pays en matière d’opportunités, en pointant du doigt ce fait alarmant, affirmant que « nous sommes peut-être en train de perdre la guerre du temps, et donc celle de la compétitivité ».

Dernièrement, au classement mondial Doing Business pour l’année 2018, l’Algérie a encore chuté de dix places quant à son classement de 2016. Elle a été classée pour l’année à venir à la 166e place sur 190 pays contre la 156e place précédemment. Derrière cet important recul, soulignons-le, figure le retard enregistré dans la mise en place des réformes, pour ne citer que cela. « Le recul de l’Algérie peut s’expliquer par la lenteur prise à mettre en place des réformes sérieuses; d’autres pays bien moins avantagés gèrent mieux le rythme des réformes et progressent donc plus vite. Évidemment, cette lenteur se traduit par des investissements bien faibles – tous secteurs confondus – au regard de l’incroyable potentiel d’un grand pays comme l’Algérie. », nous explique M. Mellah. D’autres ont tenté leur chance et pris leur courage à deux mains et résisté en dépit des conditions souvent non encourageantes. C’est le cas de Mlle Chiraz Bensemane. Elle est franco-algérienne, et a décidé, il y a quelques années, d’oser le pas. Elle est, aujourd’hui, sa propre chef, investisseuse et détentrice d’un bureau de consulting ayant pris ses locaux à Alger. Selon elle « le marché algérien est prometteur pour l’investissement ».  « Il y a beaucoup de projets à exploiter. », affirme-t-elle, ajoutant que « l’Algérie n’est pas un marché sur le court terme si la stratégie appliquée est celle du in and out, car cela ne fonctionne pas dans ce pays ». Pour elle, il est nécessaire d’avoir en tête un projet à long terme pour y investir et récolter les fruits sur de longues années. « Venir pour uniquement faire de l’argent rapidement et repartir le plus vite possible ne marche pas. », nous explique cette jeune et ambitieuse entrepreneuse. L’État algérien, faut-il le dire, a accordé plusieurs avantages pour encourager les investisseurs nationaux à créer leurs propres entreprises et postuler à des projets. Pour Ferhat Ait Ali, économiste algérien, il estime qu’ « il ne suffit pas d’avoir ce genres d’avantages comparatifs disponibles dans un pays donné, pour être tenté d’y investir ou même d’y exercer avec des fonds locaux ».

L’État algérien a accordé plusieurs avantages pour encourager les investisseurs

S’agissant de l’aspect juridique, explique-t-il « la situation est telle que même les codes et lois en vigueur ne sont pas toujours respectés par l’administration ». Et par ricochet, « elle peut faire intrusion dans le champ économique par des instructions et autres mesures discrétionnaires et sans préavis que même la justice ne remet pas en cause, en tant qu’actes qu’elle considère comme régaliens. Toute cette bureaucratie qui est elle-même aux ordres de cercles qui ont pris en otage toutes les structures de décision et d’arbitrage du pays, que les investisseurs locaux, non couverts par les possibilités d’arbitrage extérieur, en connaissent sa nuisance. », s’en désole-t-il.

 Le fait est que dans la réalité, les investisseurs étrangers, eux-mêmes couverts par les arbitrages, ne sont pas prêts à se lancer dans des projets à vocation conflictuelle, même s’ils sont à peu près sûrs de gagner les arbitrages. « Mais personne ne va dans un pays en étant à peu près sûr de finir son cheminement par une procédure contentieuse. », explique M. Ait Ali.

Tous ces inconvénients, qu’ils soient d’ordre juridique ou conflictuel, représentent des barrières à l’investissement. Et sur ce point justement, notre économiste estime qu’ « en général un pays rentier, aux administrations mues par injonction et non par le droit, n’est jamais une destination attractive pour les investissements sérieux. D’ailleurs, même les pays du golfe n’attirent que les capitaux et les projets spéculatifs et à court terme même si cela ne se voit pas de prime abord ».

Contraintes

Pour celui dont le choix de se lancer dans l’industrie pharmaceutique, il y a une vingtaine d’années, était « évident tant il conjuguait le choix du cœur à celui de la raison », souligne, par ailleurs, l’impacte de ces contraintes sur les entreprises qui “ démarrent ” ou qui sont nouvellement créées. « Les contraintes que nous rencontrons, en tant qu’entreprise établie depuis plusieurs années, ont beaucoup moins d’impact sur nous qu’elles n’en ont sur des entreprises qui démarrent. Nous arrivons à résister tandis que les difficultés auxquelles font face certaines entreprises naissantes les poussent à mettre la clé sous la porte. », ajoute-t-il. Depuis plusieurs années déjà, fait-il savoir, « nous rencontrons toujours les mêmes difficultés, à savoir, foncier, bureaucratie, instabilité et parfois incohérence réglementaire et insuffisance des données ».

Selon lui, toutes ces difficultés qu’endurent les investisseurs en Algérie ont un seul point commun : « l’absence de visibilité ». À titre d’exemple, énumère-t-il, « il nous est impossible de maîtriser nos coûts, en raison de la faible valeur accordée au facteur temps, mais également en raison de l’absence d’outils plus techniques, tels que l’achat de devises à terme ».

Le E-paiement semble aussi être un handicap pour les investisseurs.  « Les plus grosses contraintes auxquelles je me confronte quotidiennement sont aussi d’ordre logistique (location d’infrastructures, voitures, paiement… ) », pointe du doigt notre jeune entrepreneure Bensemmane, ajoutant que « ce qui, malheureusement, nous fait perdre beaucoup de temps et nous amène à se focaliser sur d’autres aspects plutôt que sur notre corps de métier ». Selon elle, « la société algérienne évolue et il semblerait que cet aspect n’ait pas encore été vu comme une priorité ». « Ces contraintes ne sont qu’un symptôme. », reprend le patronal de l’industrie pharmaceutique pour qui « le mal est plus profond et les insuffisances systémiques, telles que l’absence de données, en raison, entre autres, du retard pris dans les nouvelles technologies, génèrent des stratégies approximatives et donc souvent chronophages ».

Juridiquement inapproprié

Pour Chiraz Bensemmane, le problème relatif à la législation est plus une question d’interprétation. « Il y a beaucoup d’ambiguïtés! Ce qui peut rendre difficile pour l’investisseur une prise de décision. », relève-t-elle. Sur ce point, « Le problème n’est pas dans les lois. Celles-ci sont un outil. Or, tous les outils ne sont utiles que s’ils sont entre des mains expertes.», explique Nabil Mellah. Devant toutes ces difficultés, Chiraz Bensemane reste optimiste et parle de secteurs « fertiles » à l’investissement, tels que le tourisme et l’agriculture. D’ailleurs, les immenses espaces du Sud du pays peuvent devenir une destination de beaucoup d’investisseurs et opérateurs économiques qui voient dans l’agriculture un créneau d’avenir.

L’État, il y a peu d’années, a mis en place d’énormes dispositifs d’aide et d’accompagnement destinés aux investisseurs dans des wilayas de Ouargla, Biskra et El Oued, où pas moins de 400 000 hectares ont été mis à leur disposition.

A.B

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