3ème arrondissement : entre constat amer et doux espoirs

3ème arrondissement : entre constat amer et doux espoirs

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Pour les uns, il est l’arrondissement le plus prometteur de Marseille en terme de développement économique et associatif. Pour les autres, le 3ème arrondissement reste gangrené par des problèmes de précarité structurels. Petit tour d’horizon de ce territoire qui cumule les paradoxes.

3ème arrondissement : entre constat amer et doux espoirs

le taux de pauvreté y est estimé à 55%.

Désenclaver le 3ème arrondissement situé dans le centre-ville de la cité phocéenne. Voilà le paradoxe essentiel qui ne manquera pas d’étonner quiconque ne connaît pas Marseille. Et les projets de rénovation urbaine entrepris depuis quelques années, Euroméditerranée II, l’ANRU, la friche de la Belle de Mai, semblent vouloir lutter contre une fatalité : la paupérisation de ce territoire aujourd’hui répertorié comme l’un des plus pauvres de France. Selon une récente étude du bureau Compas, le taux de pauvreté y est estimé à 55%.

Sinistré, ce territoire ne l’est pas depuis hier : « Le 3ème arrondissement a toujours eu une histoire particulière qui continue à peser aujourd’hui » explique Marie D’Hombres, co-auteure du livre Au 143 rue Félix-Pyat, Parc Bellevue : histoire d’une copropriété à Marseille, 1957-2011. « Historiquement, le 3ème est le lieu de l’installation d’usines de sucre, de cuir ou encore de tabac. Une activité qui a attiré une forte migration de travailleurs étrangers. C’est donc traditionnellement un quartier populaire et ouvrier. Mais le déclin du 3ème s’opère suite à un double événement : celui de la destruction d’une partie du quartier par un bombardement américain, lors de la libération, le 27 mai 1944 ; et celui de la progressive désindustrialisation qui s’amorce dès les années 60 ». La présence de friches désaffectées a ensuite généré des coupures au sein du bâti et entraîné des « phénomènes d’évitement », selon un rapport du Contrat Urbain de Cohésion Sociale (CUCS). Les non-résidents ne pénètrent plus dans le 3ème. La machine s’enraye. L’isolement au cœur de la ville s’accentue.

La construction de l’autoroute A7 n’y est pas pour rien dans cet isolement. Réalisée à la fin des années 50, elle a très largement pesé sur la rupture du tissu urbain et social du quartier. Les nuisances sonores et visuelles dégradent alors la qualité de vie et font s’effondrer la valeur immobilière, porte ouverte à la fuite des résidents et à la présence de bailleurs privés exploitant la précarité d’une partie de la population. La cité Bellevue-Felix Pyat en est l’exemple le plus criant.

Certains projets se veulent à destination des habitants

Euroméditerranée II, planche de salut ou poudre aux yeux ?

« On part de très loin ». Ces mots de Lisette Narducci, maire des 2ème et 3ème arrondissements depuis 2001, résument à demi-mot l’état de ghettoïsation du 3ème arrondissement. Mais la mairie est optimiste. Les divers projets de renouvellement urbain semblent signer la fin d’une ère. A commencer par la friche de la Belle de mai. Cet ensemble de 45 000 m2, ancienne manufacture des tabacs de la SEITA, est devenu en l’espace de vingt ans un pôle de création artistique et média reconnu. Il abrite près de 70 « frichistes », associations ou compagnies artistiques. Un atout pour le secteur selon le rapport du CUCS qui y voit « un tissu associatif dense et dynamique, jouant un rôle d’intégration et contribuant à la vie sociale du quartier ». Certains projets se veulent en effet à destination des habitants. A l’image de la crèche de la friche qui pallie une carence en termes de gardes d’enfants collectives : seuls quatre établissements existaient alors dans le 3ème, satisfaisant 4% des besoins. La crèche offre 50 lits : une goutte dans l’océan au vu des spécificités et difficultés sociales du quartier ou une dynamique qui va dans le bon sens ? Toute l’ambiguïté des projets de réhabilitation se situe ici, selon que l’on voit le verre à moitié plein ou à moitié vide. Le fondateur de l’association Rencontres Tsiganes, Alain Fourest, est de ceux qui ne se laissent pas convaincre par l’enthousiasme ambiant : « La friche c’est sympa, mais cela n’arrête pas la paupérisation 150 mètres plus loin. La relation avec les habitants du quartier est quasi-nulle. L’essentiel de la population locale n’a aucun contact avec les activités, au demeurant intéressantes, de la friche. Ils ont fait un skate park pour les jeunes mais cela ne règle pas tout. Je connais bien une association résidente frichiste, les Brouettes, qui, pour pallier le manque de bibliothèques ou de librairies alentours, va place de Cadenas mettre des livres à disposition des habitants. C’est ça aujourd’hui la réalité. La débrouille. »
Des emplois, pour qui ?

L’inauguration en août dernier de l’hôpital européen, dans le quartier de la Villette, rééquilibre la carte sanitaire de la cité phocéenne longtemps concentrée dans les quartiers Sud puisqu’ils regroupaient 72% des lits d’hospitalisation pour 46% de la population marseillaise. Un minimum pour réduire la fracture entre Nord et Sud de la ville. D’après le programme Euroméditerranée, cette première pierre à l’édifice d’un pôle sanitaire d’envergure devrait amener « l’ouverture d’une école d’infirmiers et d’un grand nombre de laboratoires médicaux ». Mais à qui profite ce bassin d’emploi hyper spécialisé ? s’interrogent les associations de terrain. Selon les chiffres 2011 de l’Insee, près d’un tiers des demandeurs d’emploi dans le quartier Saint-Mauront n’a pas le niveau troisième. 72,4% des jeunes adultes de la Zone Urbaine Sensible (ZUS) Saint Mauront, Bellevue, Cabucelle sortent de leur scolarité sans diplôme selon le rapport 2013 de l’Observatoire national de la politique de la ville. « Il n’y a aucune relation de cause à effet entre le niveau d’éducation des populations locales et les postes qui sont proposés dans les hôpitaux, les hôtels ou bureaux d’Euroméditerranée. Il y a un monde entre les deux. », note Alain Fourest.

Le blocage du chantier des Docks Libres par des jeunes de la cité Felix Pyat en janvier dernier illustre ce fossé entre bonnes intentions des projets de rénovation (600 logements seront livrés dont 248 logements sociaux selon son promoteur Nexity) et réalités de terrain. Pour Yacine, un jeune du quartier interrogé par France Inter sur les lieux du blocus, « personne ne nous donne du travail, ils veulent seulement qu’on regarde le chantier ».

Le projet initial Euroméditerranée de reconversion industrielle, concentré autour de la Joliette, fait plutôt l’unanimité. Sa phase 2, Euromed 2, qui s’étend davantage sur le 3ème arrondissement, soulève de nombreuses interrogations : les logements et les emplois profiteront-ils aux résidents actuels ou aux futurs arrivants dont le profil socio-culturel serait plus en adéquation avec l’offre du nouveau quartier ? Toute l’équation est là : faire en sorte que ces grands projets amènent une mixité sociale bénéfique, comme cela est écrit sur le papier, et éviter l’expulsion progressive des plus pauvres du centre de la ville. C’est la grande inconnue.
E.O

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